Sabaya – La Paz

La route qui part vers Sajama est une étroite piste sableuse, peu empruntée. On trouve le long de la route d’étranges petites maisons d’adobe aux angles arrondis par le temps, avec une étroite ouverture triangulaire en guise de porte; rien à l’intérieur, on ne pourrait même pas y entrer… Ces maisons sont de vieux tombeaux dans lesquels on entrevoit des os, parfois recouverts de peau momifiée, parfois une longue tresse noire. Quelques villages sont installés le long de la route, on croise les habitants qui relient la ville à leur village à pied, un grand tissu coloré noué sur les épaules en guise de sac à dos, une ombrelle pour se protéger du soleil. Pourtant, la plupart des villages sont complètement déserts, l’exode rural frappe fort dans les villages isolés de l’altiplano où la vie est rude : les jeunes s’en vont vivre dans des villes comme Oruro ou La Paz, abandonnant la culture du quinoa et des lamas, pas assez rentables, et des villages entiers aux maisons parfois à peine finies, aux places centrales magnifiques, dotés d’une voire deux églises, sont laissés aux lamas qui continuent à habiter les rues et les cours des maisons. Seuls quelques vieillards restent, parce qu’ils ont vécu toute leur vie ici, vivant de peu, de viande de lamas et des provisions que leurs enfants leurs apportent, et avides de contact humain ils sont souvent ravis de nous voir arriver, de nouvelles têtes pour discuter. Généreux, ils nous offrent le gîte et le couvert, du thé, de la soupe de lama, du riz, du bacon de lama… Très pieux, ils nous tendent une Bible à potasser avant de dormir, nous mettent une vidéo d’un prédicateur enflammé qui transporte les foules, nous donnent leur bénédiction… Peu habitués à la cuisine locale, la digestion est difficile et c’est bien brassé que Jerem continuera à pousser son vélo dans le sable. Petites étapes obligatoires, on avance lentement de village en village… Le volcan Sajama se rapproche doucement, volcan parfait dont le sommet à 6500m est recouvert de glaciers, d’autant plus impressionnant qu’il est isolé au milieu de la pampa comme une canine sur la gencive d’un vieil édenté…

On fini par rejoindre la route principale, goudronnée, qui relie le Chili à La Paz; après ces six jours difficiles, quel bonheur de retrouver le goudron! La circulation fait un peu moins plaisir par contre, il y a beaucoup de camions transportant des containers de la côte chilienne vers les villes industrielles de Bolivie. Des kilomètres de pampa habitée seulement des lamas, la route descend ensuite dans une gorge où la présence d’un cours d’eau a favorisé l’installation humaine, petites maisons d’adobe, de chaume et de pneus éclatés récupérés sur le bord de la route. Les lamas paissent tranquillement, puis on note une transition plutôt brutale : les lamas ont disparu, remplacés par des vaches beaucoup moins exotiques aux os saillants, quelques moutons. On rejoint la ville de Patacamaya, ville de transit, point de rencontre entre les deux grosses routes de la région, celle d’où l’on vient et celle qui relie le sud de la Bolivie à La Paz. Camions stationnés, minibus hélant les voyageurs avant de reprendre la route bien pleins, un chargement hétéroclite sur le toit, étalages qui débordent sur les bas-côtés de la route dont on ne fait pas trop la distinction entre la partie route, la partie stationnement, la partie magasins et la partie trottoirs… Les petites cantines qui servent un plat unique et délicieux pour pas grand-chose nous permettent de reprendre des forces avant de repartir pour La Paz. Grosse route qui traverse des champs de blé, de patates, longe de petits villages où les gens sont occupés, sans machines, au récoltes. On cherche à passer la nuit dans un village juste avant La Paz pour y entrer tôt le lendemain, mais impossible de trouver une auberge; on demande aux habitants qui nous renvoient vers l’église des adventistes du septième jour, en pleine messe, qui nous accueillent gentiment dans la salle de catéchisme. C’est le jour de réunion de la communauté qui partage avec nous un repas, des jeux, et les enfants curieux qui nous posent milles questions.

La ville est en fait composée de deux villes distinctes, El Alto située sur le plateau, à 4100m, considérée comme la plus haute ville du monde, et La Paz, dans une sorte de canyon assez raide, que l’on ne voit qu’au tout dernier moment, lorsque l’on se tient au bord du plateau. Nous avons été bien avisés de rentrer tôt dans la ville, il nous faut plusieurs heures pour rejoindre la Casa de ciclistas, un lieu d’acceuil pour les cyclistes de passage, située dans le centre de La Paz. La circulation est plutôt difficile, entre les petits bus qui s’arrêtent lorsque les gens leurs font signe, les vendeurs installés tout au bord du trottoir, les passants, les chiens, les voitures… Vaste bazard tout en couleurs, on fini par rejoindre le bord du plateau et à découvrir La Paz d’en haut : des rues tracées droit dans la pente, des maisons souvent à peine finies, couleurs de brique, ou d’autres peintes de couleurs vives, accrochées sur la moindre parcelle de terre à flanc de montagne, dans des pentes tellement raides que les maisons semblent être construites les unes sur les autres. Les hauts volcans ferment la cuvette, dominant la ville de leurs 6400m.

On se laisser glisser vers le centre de la ville, apercevant des rues pleines de marchés colorés, où se vend de tout, des classiques fruits et légumes aux fœtus de lamas séchés, offrandes à la Pachamama – la Terre mère – enterrés sous les maisons pour porter bonheur, en passant par les herbes médicinales, les épices et les piles monstrueuses d’œufs.

 

Uyuni – Sabaya

Uyuni : petite ville bien touristique, point de départ des tours pour le Sud Lipez et le Salar d’Uyuni, point de passage du Dakar. On découvre son marché aux fruits et légumes, véritable corne d’abondance après ces jours de soupe-vermicelles-porridge: des étalages de fruits et de légumes connus et inconnus, de toutes les couleurs, pleins de fraîcheur; plus loin, les étalages de produits secs, maïs de toutes tailles aux utilisations bien précises, lentilles, quinoa; le coin des vendeurs de coca, entassée en gros tas dans lesquels ils piochent pour passer le temps; les vendeuses de pâtes, assises sur leurs sacs de cinquante kilos; l’allée des fromages et des œufs, celle de la viande conservée à l’air libre, dégoulinante de sang; les vendeurs de pain qui sèche au soleil; d’autres étalages plus surprenants, des « sorcières » assises au milieu de leurs herbes médicinales, tricotant, certaines avec des animaux desséchés suspendus au-dessus de leur tête : on reconnait des tatous, et d’autres choses qui pourraient être des chauves-souris. La ville est pleine de vie et s’anime dès les premiers rayons du soleil, seule source de chaleur dont tout le monde profite. On est bien loin des villes européennes « au carré », bien rangées, les rues sont pleines de petits vendeurs de choses plus ou moins alléchantes: des verres avec des choses qui flottent dedans, des œufs en neige sucrée, des soupes, du riz, du lama, du poulet, et les délicieux sandwichs à l’œuf et aux frites : un concentré de calories, juste ce qu’il nous faut. On profite de la ville pendant quelques jours avant de repartir en direction des salars.

Les salars sont des déserts de sel, et celui d’Uyuni, à 3658m est le plus grand, avec près de 150km de long, pour 100km de large, et jusqu’à 120m d’épaisseur de sel. On le rejoint après les 20km de route qui le sépare d’Uyuni. On a beau avoir vu des centaines de photos, la vision est incroyable, cette immensité parfaitement plate que l’on pourrait croire infinie, d’où seuls quelques sommets émergent à l’horizon, parfois à plusieurs dizaines voir centaines de kilomètres de nous; ils semblent flotter au-dessus de la Terre, comme des mirages. Le GPS est bien utile, car les points visés ne sont pas visible au loin, on roule alors pendant des kilomètres sans apercevoir notre objectif. Le sel est dur, rendant la progression facile, et comme pavé de grands polygones plus ou moins réguliers, hypnotiques lorsque qu’ils défilent sous nos roues; aucun obstacle sur cette mer de sel, on peut se laisser hypnotiser sereinement, si ce n’est les trous que l’on rencontre de temps à autre, remplis d’eau saturée, qui nous permettent d’admirer la cristallisation cubique du sel dans les couches inférieures. On ne résiste pas à l’envie d’en arracher quelques cristaux… Mauvaise habitude de cristalliers ??? On trimbale maintenant des cailloux sur nos vélos…

Pour une fois la chance est avec nous et le vent semble décidé à nous laisser tranquilles: tant mieux, ce soir on dors dans cette grande étendue dépourvue du moindre abri. Rien de plus facile que de trouver un endroit pour camper, il suffit de descendre des vélos et de s’installer où bon nous semble, face au soleil qui se couche derrière les volcans, et d’admirer le spectacle en profitant des dernières minutes de chaleur. Dès qu’il est tombé derrière l’horizon, la température dégringole, mais le spectacle des étoiles qui se lèvent nous fait tenir un moment hors des duvets: le ciel nocturne est une merveille.

Nuit plutôt fraîche encore, avec -9°C dans la tente. On prends le lendemain la direction de l’île des cactus ou « Incahuasi », située à peu près au milieu du salar, qui apparaît, d’abord flottante, puis se raccrochant à la Terre au fur et à mesure que l’on se rapproche. L’immensité du salar nous permettait d’être suffisamment isolés des jeeps des tours organisés pour nous sentir seuls au monde, mais l’île est comme un port où tout ce qui était égaré sur l’océan de sel se regroupe. On est le 21 juin, Jerem prend une année de plus au compteur, et on fête ça au-dessus du salar avec des bières que Mad avait habilement caché dans ses sacoches. L’île se vide petit à petit comme les jeeps rejoignent les hôtels, on monte au sommet, entre les grands cactus candélabres dont certains seraient millénaires, pour profiter du coucher du soleil avec un peu de hauteur sur le salar. D’en haut, on distingue bien les « pistes », grandes cicatrices noires qui le traversent le part en part. Le soleil se couche derrière le volcan Tunupa, que l’on espère pouvoir gravir dans deux jours. Île-point de rencontre, on retrouve Théo, un suisse croisé à Uyuni, avec qui on décide de continuer un bout du chemin.

On prend le lendemain la direction du volcan et ses 5400m d’altitude. Quarante kilomètres pour rejoindre le village de Coqueza à son pied, on prend notre temps, faisant au passage les obligatoires photos en perspective. On découvre doucement, comme elles se révèlent, les couleurs incroyables du sommet, les champs délimités de murets de pierre sèche dont les formes rappellent les polygones de sel. Une sortie du salar un peu humide, quelques lamas nous observent, quelques flamants roses posent pour les photos, les pattes dans l’eau immobile qui forme un miroir parfait. Le village est le point de départ de la rando pour le volcan, on s’installe dans une auberge dans une chambre toute faite de sel: les murs de grosses briques taillées dans le salar et striées en brun et blanc des différentes couches superposées, le sol de gros grains de sel, les lits, les sièges, les tables… L’air en est saturé aussi. Plutôt sympa, si ce n’est qu’on s’en met du coup absolument partout…

Après une nuit encore fraîche (3°C dans la chambre…), on part à l’assaut du volcan. Un guide serait requis et le « péage » coûte 500 bolivianos (environ 70€), on décide de ne rien comprendre et de monter jusqu’où c’est possible: le sommet a l’air bien escarpé. Le chemin commence entre les champs, qui doivent être de quinoa, mais qui en cette saison sont couverts de lupins aux feuilles argentées et aux fleurs bleues roi, qui apportent une nouvelle touche de couleur entre les ocres de la terre, le blanc du salar et le bleu du ciel. Un premier point de vue où la plupart des gens s’arrêtent, point de panneau, on continue pour prendre pied sur une arrête, plutôt raide, de sable, de gravier et de cailloux instables, mais aux couleurs incroyables : on évolue tantôt dans le blanc, le jaune, l’orange, ou le rouge. On monte jusqu’à 5000m, avant de décider de faire demi-tour, car ce gros tas de cailloux raide et instable ne nous inspire guère et aucun de nous n’as envie de descendre plus vite que prévu. On profite un moment du paysage, magique, la vue sur le salar bordé de montagnes qui en sortent comme d’une mer de nuages, les couleurs qui pourraient être celles d’un dessin d’enfant, les contrastes… c’est vraiment chouette.

Le lendemain on termine la traversée du salar pour sortir à son extrémité nord-ouest, une zones beaucoup moins parcourue : les pistes ne sont plus aussi marquées car les jeeps à touristes ne viennent pas. On roule alors avec un fort sentiment de solitude, on aperçoit au loin les montagnes qui marquent l’extrémité du salar, à quelques 40km, où est construite Llica, ville peu accueillante pour ne pas dire repoussante : peu de sourires sur les visages des habitants, de l’alcool, de la folie; on veut s’enfuir d’ici le plus vite possible. La fuite nous emmène au bord du salar de Coipasa, beaucoup plus petit que son voisin et peu parcouru par les touristes. Les villages semblent désertés et la réaction des rares habitants que l’on croise nous prouve qu’ils n’ont pas l’habitude de voir beaucoup d’étrangers: un vieillard, peut-être apeuré par l’arrivé de trois cyclistes pourtant pacifiques, s’est vite sauvé se réfugier chez lui et de fermer la porte… Pas très accueillant. Les alpagas sont plus sociables et deux d’entre eux, joliment décorés de pompons de laine aux oreilles et de plastrons colorés, viennent nous renifler. La piste, très sableuse, qui permet de rejoindre le salar de Coipasa est difficile, mais la vue splendide et le soleil nous aident à oublier nos douleurs.

Quand enfin on prend pied sur le salar, on se rend compte qu’il est bien plus humide, et également moins lisse que celui d’Uyuni, plus difficile à traverser avec nos bicyclettes. Le sel humide colle comme de la boue, est plus mou, plus irrégulier aussi; parfois lisse, parfois traversé de bosses comme des vagues pétrifiées, parfois parsemé de petites bosses comme des champignons qui nous secouent dans tous les sens, parfois piégés de trous invisibles sous une croûte de sel qui ne supporte pas le poids des vélos… Quelques objets disséminés attirent notre attention à des kilomètres : os et bouts de bois blanchis, morceaux de moteurs rongés par le sel, vieille valise défoncée… On traverse le salar en direction du village de Coipasa, sans croiser personne, puis on continue à travers une grande plaine un peu salée où parviennent tout de même à pousser quelques plantes qui nourrissent les lamas. Enfin, on rejoint Sabaya, première « ville » depuis que l’on a quitté Uyuni, où l’on retrouve des fruits, des légumes, et même un lavoir commun parfait pour nettoyer nos bicyclettes recouvertes de sel. C’est ici que nos chemins avec Théo se séparent, lui préférant repartir vers Oruro puis La Paz, via la route asphaltée. Nous, on prévoit de continuer le long de la frontière chilienne pour rejoindre Sajama.

Bonus #1 une journée type dans les Andes

Petit bonus demandé par Mika, et ceux qui se demandent à quoi ressemblent nos journées:
En général on se lève avec le soleil (vers 7h30 / 8h), car il fait trop froid avant pour envisager de sortir des duvets… On mange alors un gros petit déjeuner, souvent du porridge (avoine+lait en poudre+canelle+sucre+eau chaude), car c’est facile à transporter et à faire, c’est chaud, et ça tient au ventre pour la journée. Ensuite on léve le camp, on charge les vélos et on se met en route. Il nous faut entre 1h30 et 2h entre le moment où on sort du duvet et celui où on part.
On roule toute la journée, en faisant des pauses pour manger des bricoles, genre biscuits et fruits secs et boire mais on a laissé tomber le gros pique-nique à midi, parce qu’en général il fait trop froid et on trouve rarement des abris.
On cherche un coin pour passer la nuit à peu près 2h avant le coucher du soleil; on cherche surtout à être à l’abri du vent, la belle vue sur les montagnes ne compte pas trop. On monte la tente, on se fait un bon thé/café pour se réchauffer, on rempli le thermos d’eau chaude (c’est essentiel quand on sait que le matin en général nos réserves d’eau sont gelées!) et on enchaine directement sur le repas du soir pour ne pas avoir à rallumer le réchaud à essence qui demande un peu plus d’efforts qu’un réchaud à gaz. Le menu ne varie pas beaucoup : soupe en sachet et vermicelles/nouilles chinoises/polente/riz/avoine… On ne fait que rouler et manger quoi… Et dès que le soleil se cache, on se glisse bien emballés dans nos duvets pour essayer de se réchauffer en bouquinant un peu! En gros, à 18h30 / 19h on est au lit…
On attend les contrées plus clémentes pour rajouter le pique-nique à midi, la sieste à l’ombre sous les arbres, l’apéro et les légumes dans le menu du soir!

Quand on atteind une ville ou un village où on pense rester quelques jours pour se reposer, on en profite pour manger plein de bonnes choses, pour faire un peu d’entretient sur les vélos, pour refaire des courses, pour rencontrer des gens, se renseigner sur la suite et surtout pour ne rien faire; pas de visites effrenées, on profite de l’abri et on prend des forces!

Et pour les réparations, et bien avec le froid, le vent et le sable, on prie très fort pour ne pas avoir de problèmes… 🙂 pour l’instant ça marche pas trop mal! A part quelques crevaisons et une chaine cassée, presque toujours par des températures décentes et sans trop de vent, on n’a jamais eu de gros problèmes qui nous empêcheraient d’avancer.

Merci à ceux qui nous suivent et laissent des commentaires sur le blog, même si nous ne répondons pas (honte à nous), ça nous fait toujours plaisir de lire les messages et remarques. Si vous voulez un article sur un sujet, ou si vous avez des questions, n’hésitez pas à demander. 🙂

San Pedro de Atacama – Uyuni (Bolivie)

San Pedro de Atacama, une semaine de repos et d’attente, pendant laquelle on a pu apprécier les fruits et les légumes qui nous ont manqués pendant ces derniers jours, une petite excursion à la Vallée de la Lune, où le sable côtoie le sel et les talus ressemblent au front d’un glacier noir, le sel compact à l’aspect de glace mêlé de sable, aucune végétation, un paysage minéral, splendide au coucher du soleil. La ville est plutôt jolie, très touristique, avec un contraste bien marqué entre la partie où les gens vivent et la partie touristique, toute propre et pleine d’agences de voyage et de magasins de souvenirs. Avec la pluie, les rues se sont remplies d’une boue rouge et collante, les murs fait de terre et de paille dégoulinent en traînée ocres sur les crépis blancs, la ville ressemble à une glace qui fond. L’église est surprenante, la charpente particulièrement, toute en planches de bois de cactus, léger et ajouré, liées les unes aux autres par des lanières de cuir de lama, encore poilu. La pluie n’a malheureusement pas fait naître les roses de l’Atacama, mais les sommets autour se sont couverts de neige, puis le beau temps est revenu, nous remplissant d’espoir pour la suite : la frontière pour la Bolivie en passant par le Sud Lipez à ouvert, fermé, rouvert, refermé et semble le rester, on entend parler d’entre 40cm et 3m de neige, en tous cas pas d’amélioration. Le Sud Lipez est une région désertique de volcans, de lacs de toutes les couleurs, de flamands roses, de sable, de vent et de froid située tout au sud de la Bolivie, réputée magnifique, que l’on espérait traverser du sud au nord à partir de San Pedro de Atacama.

On se résout finalement à partir en direction de Calama, grosse ville minière à 100km a l’ouest, et à rejoindre la Bolivie plus au nord par le village d’Ollagüe. On quitte San Pedro sous un ciel d’un bleu parfait, avec les volcans enneigées tout autour, le Licancabur et les autres qui marquent la frontière avec la Bolivie. Calama n’est pas une ville très acceuillante, tout est barricadé, les maisons ressemblent à des prisons de haute sécurité et l’ambiance nous met mal à l’aise, avec un fort sentiment d’insécurité. Le temps de faire des provisions de beurre de cacahuéte, nouilles chinoises et autres merveilles gastronomiques introuvables dans les petites épiceries que l’on rencontre sur la route et puis on file vers la frontière bolivienne, 200km plus au nord. On remonte doucement dans les hauteurs, profitant au passage de la gentillesse des chiliens, qui nous acceuillent le soir, alors que le froid fait son retour. Après une nuit à profiter de la tranquillité des environs d’un cimétière, on nous invite dans la partie non habitée d’un logement de fonction, bien à l’abri, avec une bonne douche bien chaude à Estacion San Pedro, puis c’est dans un ancien wagon de train qu’on trouvera un abri à Ascotan, et une sorte d’aire de jeux quatre étoile, couverte, avec tobogans et trampoline, à Ollagüe. Les volcans se dressent majestueusement de part et d’autre de la route, la roche a des couleurs étonnantes et crée des marbrures dans le paysage, les lagunes et salars se succèdent maintenant, le vent nous pousse et nous donne des ailes jusqu’au début du salar d’Ascotan puis tourne brutalement et nous oblige à lutter jusqu’au salar de Carcote, on fini par planter la tente dans le sable blanc au pied du volcan Ollagüe qui fume – mais que disaient déjà nos cours de géologie sur les volcans andins?

La frontière est juste après le petit village d’Ollagüe, et ces quelques kilomètres qui séparent les 2 postes de frontière sont une vrai barrière culturelle, on change totalement d’ambiance; à la minutie des douaniers chiliens, avec ticket émis à l’entrée à remettre à la sortie, enregistrement des vélos et inspection des sacoches à la recherche de produits frais, s’oppose un douanier bolivien expéditif et mal luné – c’est l’heure du repas aussi. On bifurque juste après la frontière en direction du Sud Lipez; n’ayant pas pu traverser cette région, on espère quand même pouvoir y faire une boucle, malgrè ce qu’on nous a dit des conditions, ce serait dommage d’être arrivés jusque là et d’avoir passé autant de temps à attendre que les routes venant du sud ouvrent sans tenter d’aller voir par le nord. La route qui continue de monter doucement nous amène jusqu’à un kiosco, une petite maison d’une pièce où les touristes des nombreux tours viennent pour manger ou acheter des sucreries et où vit une petite famille; notre premier contact avec des Boliviens, qui au vu de la neige et du vent nous proposent de dormir dans l’hotel qu’ils sont en train de constuire. Des murs et un toit, c’est comme un hotel 4 étoiles pour nous.
On passe la soirée avec eux, impressionnés par les deux enfants de 4 et 5 ans qui courent partout, pleins d’energie à 4200m et avec des température largement négatives. Même à l’intérieur de la maison, non chauffée – on découvrira ensuite que c’est la norme – la température peine à dépasser les 10°C. On découvre la gentillesse de ceux qui n’ont pas grand-chose, on partage leur repas fait de pain maison, avec du beurre, un peu de fromage et de paté, accompagnés d’un délicieux maté à l’anis et de café. La tempète se lève pendant la nuit, au matin ils nous dissuadent de partir et c’est reconnaissants qu’on reste une nuit de plus dans l’hotel en construction. Avec des rafales à plus de 100km/h, un brouillard épais et la neige qui tombe, c’est vrai que repartir n’est pas vraiment une bonne idée. On passe la journée avec eux, les taches séparées entre les hommes et les femmes: Jerem va donner un coup de main à mettre des pierres sur le toit de la maison pour l’empecher de s’envoler. Faire des aller/retour sur une échelle, dans le vent et le froid, en portant les pierres, est une expérience intéressante, surtout à cette altitude… Heureusement qu’on est un minimum acclimaté. Mission de remplissage des cuves d’eau aussi, 2km de tracteur pour rejoindre un lac, bataille avec la pompe pour arriver à l’amorcer en plein vent et par des froids polaires, attente accroupis derrière la remorque pour se protéger un peu du vent pendant que les cuves se remplissent… Mad reste dans la maison avec les femmes, à écosser des petits pois pour la soupe avec la mère et la grand-mère qui tricote, tout en chiquant de la coca. Les gens se font de grosses boules qu’ils gardent dans les joues et qui leur déforment le visage, les feuilles de coca sont entre autres connues pour leurs propiétés stimulantes et pour combattre le mal des montagnes.
On mange la soupe de lama avec eux, Jerem se régale. Une question nous occupe un peu l’esprit, où va dormir la grand mère ??? Et bien, dans une pièce de l’hotel, à coté de la notre, sur un matelas posé à même le béton et avec quelques couvertures… Mais sans gros sac de couchage! Nos thermomètres indiquent quand même -5°C pendant la nuit, heureusement que le froid conserve 🙂

On se reveille avec le soleil, on se remet alors en route en direction de la Laguna Hedionda. Il fait encore froid, mais avec la neige, les paysages déjà incroyables sont sublimés. Bien emmitoufflés dans tous nos vêtements, on roule tranquillement vers la Lagune. On croise un bon nombre de 4×4, pas toujours sympa… Certains s’arrêtent pour discuter, nous proposer de l’eau ou même des friandises, mais d’autres se contentent de ralentir pour que les touristes aient le temps de nous prendre en photo, comme des animaux de cirque… sauf que les singes ont aussi un appareil photo et n’hésitent pas à le sortir pour faire comprendre dans l’hilarité générale leur grossièreté aux malotrus, qui pourraient au moins dire bonjour!
On longe une premmière lagune, la laguna Cañapa, touche de bleu-gris glacial au milieu du gris-blanc des montagnes, où les flamands roses se baignent les pieds tranquillement, puis on atteind la laguna Hedionda, ou laguna Los Flamingos, où une centaine de flamants roses semblent mener une danse étrange, avancant en rang serré, le bec fièrement tendu vers le ciel, tournant à angles aigus au gré des meneurs, en piaillant… ballet de pattes raides, étrange parade…
Un hôtel est installé au bord du lac, on nous laisse gentiment nous installer dans la salle hors-sac pour la nuit, bien fraiche encore mais à l’abri. Le lendemain on prend un gros petit dej à l’hôtel, avec le luxe de finir les restes des touristes, malades à cause de l’altitude. Hé hé, nous on est acclimatés et on peu se goinffrer! C’est avec le ventre bien rempli qu’on repart plus loin dans le sud Lipez en direction de la laguna Colorada; on verra bien jusqu’où on va… On longe trois autres lacs, ceux-ci dépourvus de flamants roses, mais un renard bien interressé s’approche de nous. La route est bien enneigée, ça devient difficile de continuer avec les vélos. On plante la tente 20km plus loin, pour notre nuit la plus froide. -12°C dans la tente. Madeleine choisi cette nuit là pour être malade… Bienvenue dans le Sud Lipez! Difficile de récupérer, on attaque le lendemain pas au top de notre forme. Peut être une combinaison du froid et de l’altitude, et avec les conditions difficiles pour rouler – enfin, on pousse plus qu’on roule : la neige gelée de la veille était presque plus facile à rouler que le sable dans lequel on ne contrôle pas trop les vélos, mais la neige ayant pris le soleil et fondue par endroits, par dessus le sable, c’est quelque chose… – on décide de faire demi-tour pour repartir vers le nord en direction d’Uyuni. Retour au bord de la lagune des flamants roses, puis on prend une autre route pour faire une petite boucle pour rejoindre le village d’Alota. La route est plutôt bien déneigée et nous permet de découvrir un peu plus de ces paysages magnifiques, de nouveaux volcans, d’autres lagunes, un ancien hôtel abandonné où les carcasses des voitures sont protégées par une inscription « ne pas voler ». Soit.

On rejoint la route principale qui traverse les grande plaines de l’altiplano et la Valle de las Rocas, qui comme son nom l’indique, est peuplée de gros blocs de pierre, à perte de vue, délicatement sculptés par le vent, dentelle de roche où l’on pourrait se promenner pendant des heures en contemplant les merveilles de l’érosion, et qui démange un peu nos doigts gelés de grimpeurs. Faute de pouvoir y grimper on y installe notre tente, bien à l’abri du vent.
La douche bien chaude à Alota est un bonheur, 11 jours depuis la dernière… sans quitter les vetements que l’on porte à cause du froid, on en avait bien besoin.
Il nous faudra encore 2 jours d’interminables lignes droites toutes plates de l’altiplano pour atteindre Uyuni, ou une bonne bière nous attend. 🙂

San Antonio de Los Cobres – San Pedro de Atacama

Départ de San Antonio de Los Cobres en direction du Chili, traversé des Andes par le Paso Sico. Ce sont 350km de pistes à plus de 3800 mètres d’altitude qui nous attendent, avec 4 cols à plus de 4200 mètres. On roule maintenant à 4, avec Coline et Jonathan, 2 français rencontrés a San Antonio, et qui comme nous viennent de Cafayate. Dès le premier jour, on grimpe le paso Chorillo (4550m). La longue monté s’effectue avec un léger vent de face, et de la coca plein la bouche. On est rejoint sous le sommet par Cyril qui se joint à notre groupe pour la suite. Le col franchi, on croise nos premières lagunes, le paysage change encore, avec un mélange d’ocre, et de blanc, avec au fond les sommets enneigés. Malgrès l’altitude, c’est très sec. On campe derrière une maison abandonnée, à l’abri du vent car le froid est déjà bien présent.
On attend les rayons du soleil pour sortir des tentes, puis on se met en route en direction d’Olacapato, petit village minier. Une mini-épicerie nous permet de faire le plein de biscuit et d’eau, et la troupe se met en route pour le prochain col, l’abra Arizaro (4330m). L’horizon s’étend, les distances s’allongent, on ne croise pratiquement aucune voiture, sentiment incroyable d’évoluer seul dans cet immensité. Nuit dans la monté du col, à l’abri discutable d’une dune de sable. Le froid devient mordant, et dès que les rayons du soleil disparaissent, chacun plonge à l’abri dans sa tente. Il est seulement 18h30… Les thermomètres indiquent déjà des températures négatives dans les tentes, les bouteilles d’eau gèlent complétement, et c’est toujours dur de s’extirper de la chaleur du sac de couchage pour se remettre en route.
Le col passé, on file vers Catua, dernier village Argentin avant la frontière. L’occasion d’acheter ici encore quelques provisions pour la suite. Comme un clin d’oeil avant de quitter l’Argentine, la dame de l’épicerie nous invite tous à manger chez elle. Soupe et pâte au Lama, un régal. Et savourer ce repas chaud, au coin du feu, dans une pièce à l’abri du vent, on ne peut que être touché par la générosité de cette personne. On file ensuite vers la douane, ou l’on compte passé la nuit avant de passer coté Chilien. La douane possède des locaux pour les personnes de passages, et nous pouvons encore une fois savourer un repas et un vrai lit dans un endroit chauffé.
Passage de douane compliqué, le douanier décide de prendre tous son temps, ce qui nous enerve un peu car on a une grosse journée devant nous. On décolle seulement vers 10h, pour une longue monté de 20km. Le vent de face, entre 60 et 80km/h, raffraichi encore plus l’atmosphère déjà bien fraiche. Le groupe se sépare un peu, on décide de monter chacun à notre rythme pour ne pas geler sur place. On franchi l’abra Sico (4450m) transit de froid et de fatigue, peu de temps pour les photos, on plonge vite en direction du poste de police pour mendier un abri au chaud pour le soir. Les 3 autres nous ayant devancé, on espère qu’ils auront réussi à négocier quelque chose. On atteint le poste de police vers 17h30, une bonne journée de 6h de vélo pour 35km, avec des températures largement négative. Les policiers n’ont pas de place, (ou ne veulent pas de nous), mais nous emmène 8km plus loin, dans les locaux d’une mine. Petite session cowboy, ils roulent comme des sauvages, on à peur pour les vélos entassés à l’arrière du pickup… On arrivera sans casse de matériel à la mine, ce qui n’est pas le cas de la voiture, qui a « malheureusement » rencontré une barrière. Pneu éclaté. Cela nous laisse au moins le temps de décharger tranquillement. On se retrouve au chaud une nouvelle fois, avec un bon thé/café. Le repos après une longue journée à lutter. On discute alors sur la suite, le froid est sevère, et on décide de rouler au max le lendemain pour essayer de dormir plus bas en altitude, fuir se froid omniprésent.
On reprend la route, le vent nous pousse sur quelques sections, on file alors plein gaz sur le ripio, croisant les camions qui refont la route coté Chilien. Les paysages ici sont complétement différent du coté Argentin, la neige est beaucoup plus présente, sur les sommets mais aussi au bord de la route, les lagunes d’un bleu vif se dévoilent les unes après les autres. C’est vraiment magnifique, mais le vent et le froid nous empechent de profiter pleinement des paysages. Un casse croute rapide au bord de la lagune Aqua Caliente, lagune azure entouré de pierres rouges, et on file pour notre dernière monté avant la redescente tant attendu dans le desert d’Attacama. Jo et Colyne en on marre, ils finiront en voiture jusqu’à San Pedro. On continue alors avec Cyril, mais la bagarre contre le vent est trop rude, et nous oblige à un camping à 3800m. Surement un des campings les plus froid qu’on ai eu, avec -8 dans la tente.
Et enfin, la descente tant attendu, on se laisse filer en direction de Socaire, premier village chilien après la frontière. On retrouve avec joie des tomates, avocats et pains frais !!! La température remonte peu à peu, on roule avec en fond le salar d’Attacama et San Pedro. On savoure enfin après des journées difficiles. Une dernière nuit dans la plaine, et nous voila à San Pedro, ou l’on retrouve Jo et Colyne reposés.
Mais comme quoi tout arrive, on prend maintenant la pluie dans le désert. Repos forcé avant de prendre la route du Sud Lipez…

Cafayate – San Antonio de Los Cobres

Après un repos à Cafayate, on reprend la route 40, le long des vignes. Les perroquets vert et bleu remplacent les sombres corbeaux au dévorage des raisins et s’envolent à notre passage dans une cacophonie incroyable. Après une vingtaine de kilomètre, on quitte la douceur de l’asphalte pour le ripio, sableux maintenant. La végétation est toujours aussi agressive et vient faire un nouveau trou dans un de nos pneus…
Petite pause a San Carlos pour acheter de la feuille de coca, à priori bon remède contre le mal des montagnes. Le décor change complètement, on quitte la plaine et les montagnes d’ocre rouge pour un paysage lunaire, de hautes lames de sable compact, blanches, taillées en sculptures abstraites par la pluie et le vent. Rien ne semble vivre là à part quelques cactus et les condors, grandes ombres décharnées qui règnent sur ce monde où rien ne bouge. Quelques maisons d’adobe, les piments sèchent au soleil et parfument l’air de leur odeur chaude et rouge. On rejoint une vallée plus verte, qui sépare les lames de sable des montagnes enneigées vers lesquelles on se dirige. Le paysage se fait plus sec comme on monte en altitude, on retrouve les grands cactus en remontant la vallée jusqu’à rejoindre la Poma, petite ville perché à 3000m. Les sommets enneigés, culminants à 6000m, sont tous près maintenant, et entourent l’Abra del Acay, col qui nous attend à 4900m d’altitude.
La route 40, qui quand on l’a rejoint il y a quelques mois ressemblait à une grosse nationale avec trafic de camions, n’est désormais plus qu’une petite piste sinueuse, raide, sableuse, sur laquelle deux voitures ont à peine de quoi se croiser, il n’y a plus de pont pour enjamber les rio, nous obligeant plusieurs fois à nous mouiller pour les traverser, ça rafraîchit!
On se retrouve bientôt à des altitudes où en savoyards on a l’habitude de ne plus croiser que des alpinistes tout équipés et où içi on croise des adolescentes en scooter, casque et cartable roses à la main; nous, on commence à souffler comme les alpinistes tout équipés, et les coups de pédales se font plus durs. La dernière maison habitée, une « bergerie » de lamas, est à près de 4000m…
Il nous faudra encore deux jours pour atteindre le col, avec un bivouac près de la dernière maison, et un autre vers 4700m; le froid ne nous aide pas à sortir tôt des duvets et le vent violent semble décidé à nous empêcher de passer le col, entre les rafales qui nous poussent en arrière et le sable qui nous aveugle. Le bivouac juste sous le col n’est pas tellement confortable, impossible de se faire à manger à cause du vent et chaque rafale rempli un peu plus la tente de sable; une nuit difficile en perspective… Surprise au matin, la neige s’est un peu invitée pendant la nuit, toute nos bouteilles d’eau sont gelées, et ça caille grave !!! Bref, on prend du temps pour décoller, et encore plus pour monter les quelques 250m restants, mais on y arrive!
On ne souffre étonnament pas trop de l’altitude, Madeleine a tout de même maché quelques feuilles de coca pendant la montée, histoire de faire passer le mal de tête.
Maintenant qu’on y est, on monte sur une butte à coté du col pour passer les 5000m, belle récompense après ces journées de montée.
La route se déroule comme un ruban de chaque côté du col, les sommets nous narguent encore plus haut, et en direction de San Antonio de Los Cobres, la plaine s’étend, immense, à perte de vue; de l’autre côté de la plaine, de nouvelles montagnes, encore plus hautes… l’air est incroyablement limpide, la vue, irréelle.
A cette altitude, il ne reste plus grand-chose; les cactus ont abandonné depuis longtemps, seules quelques herbes jaunâtres poussent courageusement au milieu des cailloux. Le vent soufle fort et emporte tout ce qui n’est pas bien accroché, et renforce le côté aérien du paysage.
Il nous reste 40km de descente jusqu’à San Antonio de Los Cobres, l’autre récompense; mais toujours ce vent, ne nous épargnant rien, rendra les dernier kilomètres beaucoup plus durs que prévu. On atteint enfin la ville au soleil couchant, ou l’on va se reposer une journée avant de repartir vers le Paso Sico et le Chili.

San Miguel de Tucuman – Cafayate

Changement de décor. Tucuman, 27°S, le paysage change radicalement comme on se rapproche des tropiques. Les orangers poussent dans la ville à la place des platanes, la ville prend des couleurs et s’abrite du soleil. La route sent la poussière et la charogne, l’air est sec, la lumière blanche. La végétation se fait grise, sèche et piquante dans la plaine, la pampa est plantée de champs de canne à sucre, les chevaux sont maigrichons et les oiseux profitent de leur dos pour naviguer tranquilles dans les herbes hautes. Changement de style aussi, le bois des maisons est remplacé par la pierre et la terre, les gens circulent beaucoup en scooters, qui comptent souvent plus de passagers que de roues, le casque au bras, des chargements parfois hasardeux complétant l’équipage: échelles, piles de cagettes, bâtons, courses, bébés…

On attaque la montée de notre premier col un peu « sérieux », l’Abra del Infernillo, 3000m; de loin le point le plus haut atteint ces derniers mois. Dans la forêt subtropicale d’abord, entrelacement de lianes, de grands arbres, d’épiphytes… Multitude d’espèces nouvelles pour nous, qui profitent d’un peu d’humidité à flanc de montagne et transpirent de gros nuages qui chaque jour viennent recouvrir les villages construits à mi-chemin du col et disparaissent avec la fraîcheur de la nuit. On découvre le lendemain un paysage de montagnes de sables ravinées, nu, que l’on a bien le temps d’admirer en traînant nos lourds chargements vers les hauteurs. Le col enfin, puis une descente bien méritée dans une vallée plus sèche encore, entre les hauts cactus et une végétation piquante et odorante, en direction de Cafayate.

Interlude motorisée : San Martin de Los Andes – San Miguel de Tucuman

Un grand saut vers le nord, fuite devant l’hiver. Les parallèles défilent facilement vus depuis le confort d’un siège de bus, la pampa se déroule indolore, le vent  et la pluie ont beau s’acharner ils ne nous atteignent pas. La facilité se paye pourtant avec son lot d’emmerdes, d’acharnement de la poisse, de la bureaucratie et de la malhonnêteté… On a hâte de retrouver la route fatigante physiquement mais bonne pour le moral.

 

San Carlos de Bariloche – San Martin de Los Andes

Après quelques jours passés à San Carlos de Bariloche, d’abord pour récupérer une tente toute neuve pour remplacer la nôtre qui fatigue, puis pour profiter des chocolats et finalement en attendant une éclaircie, et nous voilà partis pour la route des 7 lacs. Cette route qui permet de relier Villa La Angostura à San Martin de Los Andes serpente sur 120 km entre lacs et montagnes.

On décolle sous un beau soleil, la neige a coloré les sommets alentours, la fraîcheur s’installe, les ocres de la pampas se font oranges, on avance ici dans l’automne. Après quelques kilomètres de pampa ventée vite avalés, on se retrouve au bord du premier lac pour un bivouac fort sympathique. On aperçoit au loin le Cerro Tronador, qui enfin se découvre comme pour nous narguer maintenant qu’on en est loin.

On poursuit tranquillement, admirant lacs aux eaux limpides et paysages aux couleurs flamboyantes de l’automne qui est bien installé ici, pour rejoindre  quelques jours plus tard le Lago Falkner, au-dessus duquel le Cerro Falkner nous tend les bras. Un superbe coucher de soleil sur les sommets nous promet le meilleur pour la rando du lendemain, mais c’est sous une couche de nuages bien denses que nous nous réveillerons… On laisse tomber pour la journée, le ciel se dégage finalement pour laisser place à un soleil radieux. Le lendemain on décide de ne pas se faire avoir par le même plafond, et on monte pleins d’espoir, mais puisqu’on est montés le ciel reste résolument couvert… Décidément, nous sommes maudits. Une belle rando entre bambous, arbres couleurs de feu, pentes de sable et brume, dommage pour la vue…

On repars le lendemain vers San Martin de Los Andes, et quelques coups de pédale supplémentaires nous permettent d’atteindre le Paso Pil Pil. Une rivière coule au niveau du col et, indécise, se sépare en deux bras qui descendent chacun sur un versant différent; un bras descend vers Bariloche et rejoindra l’Atlantique, l’autre qui pars vers San Martin de Los Andes rejoindra le Pacifique… Belle illustration du hasard, il suffit de quelques cailloux…

Une belle descente nous permet de glisser jusqu’à San Martin de Los Andes qui marque la fin de la Route des 7 Lacs.

El Bolson – San Carlos de Bariloche

Notre route se poursuit en direction de San Carlos de Bariloche. Normalement, une nouvelle tente devrait nous attendre là bas. On quitte El Bolson sous un beau soleil, pédalant sur l’agréable asphalte de la route 40. Toujours un oeil dans le rétro, les camions et autocars ne prennent que trop rarement le temps de se déporter pour nous doubler. La route serpente en fond de vallée, on se réjoui d’une descente pour suer ensuite dans la montée qui inévitablement se présente. A Villa Mascardi, on s’échappe de la route 40 pour remonter une vallée jusqu’au Cerro Tronador. Le sens de circulation est alterné dans la journée sur cette portion de 30km, nous obligeant à décoller à 7h du matin. Réveil difficile et matinal, il nous faut bien deux heures tous les matins pour plier. Les nuages présents nous privent d’un lever de soleil sur les sommets. On aperçoit enfin le Cerro Tronador, sommet dont le nom provient du bruit de tonnerre qui résonne dans toute la vallée lorsque les séracs tombent. On pose alors les vélos le temps d’une ballade sur le Cerro Volcanico, majoritairement en forêt, qui nous emmène quelques 1000m plus haut sur le sommet du volcan. Plus de végétation, le sommet est un gros tas de gravier de pierre ponce. Pour atteindre le sommet, il faut franchir la frontière entre le Chili et l’Argentine, symbolisée par une balise, et, malédiction, les premiers pas de l’autre côté se font sous une pluie battante. Les nuages viennent se planter sur le sommet, nous privant de la vue. Décidément, le Chili nous en veut… On fuit la pluie, courant se réfugier de l’autre côté de la frontière où le vent argentin nous gèle, puis à l’abri dans la forêt plus bas.

Le lendemain pour le retour nous devons attendre 16h avant de prendre la route… on savait qu’on allait pas se coucher tôt, car la route jusqu’au prochain endroit ou on pourra dormir est longue, et c’est là que le pneu qu’on avait changé il y a un mois décide de rendre l’âme. Réparation obligatoire, on plantera la tente à 2h du matin… Une dernière journée de vélo et nous voilà à San Carlos de Bariloche. Quelques jours de repos dans une auberge, un peu de patience à la poste afin de récupérer la nouvelle tente, et nous voila prêts à poursuivre notre chemin.