Zumbahua – Quito

Les tenanciers de l’hôtel sont surpris de nous voir partir, ils avaient commencé à s’habituer à nous; ils ont du se dire qu’on avait pris le patron au mot quand il nous a dit qu’on était ici chez nous et qu’on pouvait rester un an si on le voulait.
On longe un canyon creusé comme une tranchée dans les plaines laissées par le volcan Quilotoa, on quitte la route principale pour prendre des petites pistes de sable gris-blanc qui nous amènent par des petits villages ou mornes ou vides et bien sales, pleins des poubelles abandonnées par leurs habitants tout aussi mornes et tristes que les villages; des gens de retour du marché chargent des sacs de patates et de carottes sur le dos d’un cheval qui titube, des poulets en bien mauvais état attendent tellement immobiles qu’ils semblent morts; les gens les attrapent par un patte et les emportent en bouquet, la tête en bas, les faisant cogner contre leurs jambes ou celles du cheval… Point de places centrales couvertes de géraniums mais des terrains vagues entourés d’un côté de l’église et de l’autre du cimetière, barricadé derrière de hauts grillages comme autour des prisons, ils doivent avoir peur des morts… Ils ont d’ailleurs bien de quoi venir protester, les tombes sont installées en vrac au milieu de ce qui pourrait être un champ fraichement labouré, avec de gros tas d’herbes arrachées entre les tombes… Ils semblent avoir maudit leurs ancêtres, leurs enfants aussi d’ailleurs; l’école adjacente est guère plus gaie…
La route nous mène dans un monde de brume où les vaches poussent leurs cris terribles de fantômes égarés, on ne voit pas grand-chose du monde qui nous entoure et on ne voit rien de la vue probablement splendide sur le Cotopaxi, le deuxième plus haut volcan d’Equateur, à 5897m, toujours actif. On roule dans des collines quadrillées de petits champs et de maisons sur d’horribles pavés qui nous font regretter les pistes mal entretenues et maudire les gens qui se sont donnée tant de mal pour un résultat aussi affreux.
On s’installe dans un camping au pied du volcan, en espérant que les nuages se dissipent; la météo atteint un nouveau niveau d’acharnement et le ciel se dégage chaque soir, nous offrant une belle vue sur le gros cône blanc, parfait, au-dessus de nous, qui brille sur le tissu ajouré du ciel nocturne, éclairé par la pâle lueur de la Lune. On se réveille chaque matin dans une brume épaisse, et il faudra attendre le troisième jour, alors qu’on se remet en route pour faire les derniers kilomètres jusqu’à Quito, pour apercevoir le sommet quelques minutes entres les nuages, qui reviennent vite pudiquement cacher ce sommet.

 

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