Cusco – Huaraz : la great divide road

Enfin arrivés à Huaraz !
Il nous aura fallu près d’un mois complet pour venir à bout de cette Great Divide Road.
Cet itinéraire incroyable, très bien détaillé sur le site andesbybike.com, est une belle alternative aux routes goudronnées fréquentées du Pérou.

On évite la première partie entre Cusco et Ayacucho en prenant un bus, pour gagner un peu de temps dans notre course devant la saison des pluies qui arrive beaucoup trop vite à notre goût. On commence doucement par une portion de route goudronnée entre Ayacucho et Huancavelica, « échauffement » de 200km de long et 4000m de haut, avant de se lancer dans les choses sérieuses. Huancavelica est la dernière grosse ville séparée de Huaraz par 800km de pistes plus ou moins bonnes, des cols à ne pas vouloir les compter, des villages charmants mais peu approvisionnés, des orages à plus de 4000m, mais aussi des paysages incroyables, des lamas et alpagas en pagaille… On quitte le Pérou touristique et les gros axes pour aller découvrir le Pérou rural et isolé, frappés par le contraste entre la région de Cusco où l’on pourrait parfois se croire en Europe, où l’on trouve Macdo, KFC, Starbucks, pubs, hôtels et magasins de luxe pour une clientèle en quête d’authentique, de culture Inca et de « bonnes ondes » dans les hôtels et restaurants néo-hippies de la vallée sacrée, et le Pérou rural où les chercheurs d’authentique ne mettent pas les pieds; ils y trouveraient leur compte mais seraient probablement effrayés par le manque de confort moderne: pas de restaurants, peu d’hôtels, pas d’internet, pas de douche chaude, pas de draps dans les lits, pas d’eau potable, mais des gens qui passent la bonne saison dans les sierras dans de toutes petites maisons de pierre et de chaume à garder lamas, alpagas, vaches et moutons, qui mangent du riz et de la viande bouillie matin midi et soir, agrémentés de quelques légumes quand ils sont approvisionnés, qui font la lessive à la main dans la rivière et dont l’accès aux soins et à l’éducation est assez limité; certains anciens ne parlent que quechua ou aymara, d’autres ignorent qu’il y a un océan à l’est, l’illettrisme est toujours présent si bien que les bulletins de vote figurent photos et symboles; on a ainsi le choix pour le parti de la Lune Pleine représenté par un téléphone, ou le parti Joie et Paix représenté par un cochon… les murs des maisons portent les traces des anciennes campagnes électorales, des peintures représentant épis de maïs, camions ou calebasses barrés d’une grande croix : c’est là qu’il faut cocher.

La route est déserte, on croise parfois une voiture, quelques petites motos, des gens à pied. Les montagnes sont quadrillées de petits champs, de terrasses parfois, les petites maisons de pierre et de chaume ne sont visibles dans le paysage que parce qu’elles sont construites au bord des enclos en terre battue, où plus un brin d’herbe ne pousse, où les bêtes passent la nuit. Les gens passent la bonne saison dans les montagnes, laissant vides les villages un peu plus bas dans les vallées. Les terrains de foot construits sur le moindre espace un peu plat ne servent qu’aux vaches et aux moutons; ca ménage les pattes.

Les pistes sont raides, on remonte les vallons laborieusement, profitant du paysage qui se déroule devant nous, toujours changeant; succession de lacs, de rivières magnifiques, de canyons, de plateaux, de sommets couverts de glaciers ou de roches de toutes les couleurs, de l’orange vif au pourpre, en passant par le blanc et toutes les nuances d’ocres et de gris. C’est un col par jour en général, on a vite fait d’arrêter le décompte des virages : encore 29… encore 28… encore 27… Une mamie gardienne de moutons, nous lance, voix du serpent : « Compra una moto! Porque no compra una moto? » (Achetez une moto! Pourquoi ne vous achetez-vous pas une moto?) euh… ben… euh… là, dans la montée, à pousser les vélos toujours trop lourds en s’interdisant de compter les épingles parce qu’il en reste trop, on a du mal à trouver des arguments solides; c’est plutôt « pousse le vélo 15m, respire 15s, pouse le vélo 15m, respire 15s. A cool, on peut rouler c’est moins raide, moulinette et respire… »

Même bien acclimatés, les efforts au-dessus de 4500m sont difficiles; pense à rien, respire… Pour les chiffres, les cols sont tous entre 4000m et 5000m, et c’est au total 24 000m de dénivelé sur 1000km en 26 jours de vélo.
Il faudra attendre le col et une bonne dose de fruits secs pour retrouver plein de bonnes raisons à lui donner… Le paysage qui défile doucement en est une bonne, c’est la récompense à chaque col : c’est magnifique. De belles rencontres aussi, les mineurs dans des petites mines perdues nous offrant le gîte et le couvert, ce que des cyclistes gelés et transits peuvent rêver de mieux; une arrivée un jour de la fête du village, où les habitants dansent au son des fanfares qui se font concurrence sur la place centrale, habillés des vêtements traditionnels colorés, et c’est pas pour poser pour les photos des touristes, on est les seuls à ne pas être du coin; on nous invite à venir voir la corrida, une version plus ludique que violente où le toréador joue a chat avec les vaches et les taureaux, tout habillé de rose vif et filant se cacher derrière un gros mur en béton dès que ça sent le roussi; impossible de refuser l’apéro avec quelques péruviens déjà gentiment bien imbibés. De beaux bivouacs, avec les lumières du soir qui filtrent entre les nuages et teintent le monde en rose, d’autres à se réveiller dans un paysage tout blanc avec une croûte de neige qui transforme notre tente en igloo. Des plantes inconnues aux fleurs de toutes les couleurs, allant du gros cactus de plusieurs mètres de haut des fonds de vallée à la petite plante délicate et poilue de la haute montagne…

L’effort physique, l’acharnement météorologique, le froid, la boue, l’état des routes, la distance entre les villages, nous font accumuler fatigue physique et morale. Quelques jours de pose nous permettent de reprendre des forces avant les derniers jours jusqu’à Huaraz, et c’est avec Sarah et Arthur, deux suisses rencontrés déjà plusieurs fois dans notre voyage qu’on reprend la route pour finir ensemble la Great Divide. Beaux moments partagés, une grande descente qui nous mène de 4600m à 1300m, suivie d’une grande remontée jusqu’à 4200m… un jour de descente, trois de remontée! La majestueuse cordillère Huayhuash se découvre doucement, elle forme un barrière de glace dans le paysage, avec le deuxième sommet le plus haut du Pérou, le Yerupaja, à 6635m et son voisin le Siula Grande à 6344m. Le dernier col nous offre la vue sur la cordillère Blanche, qui domine Huaraz, connue pour l’alpinisme et la rando. On termine la Great Divide par un beau bivouac au-dessus d’un lac face aux montagnes, puis 80km de descente à rêver de douche bien chaude, de bière et de toutes les bonnes choses qu’on pourra se faire à manger, nous amènent jusqu’à Huaraz.

Blog de Sarah et Arthur : http://www.routelibre.ch

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2 réflexions sur “Cusco – Huaraz : la great divide road

  1. Mais, c’ est une véritable épopée!

    Grandiose, sublime !!

    Il va falloir que je plonge dans le dictionnaire des synonymes.

    Bravo, bravo, mais gare à l’ivresse des cimes….

    J'aime

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