Sabaya – La Paz

La route qui part vers Sajama est une étroite piste sableuse, peu empruntée. On trouve le long de la route d’étranges petites maisons d’adobe aux angles arrondis par le temps, avec une étroite ouverture triangulaire en guise de porte; rien à l’intérieur, on ne pourrait même pas y entrer… Ces maisons sont de vieux tombeaux dans lesquels on entrevoit des os, parfois recouverts de peau momifiée, parfois une longue tresse noire. Quelques villages sont installés le long de la route, on croise les habitants qui relient la ville à leur village à pied, un grand tissu coloré noué sur les épaules en guise de sac à dos, une ombrelle pour se protéger du soleil. Pourtant, la plupart des villages sont complètement déserts, l’exode rural frappe fort dans les villages isolés de l’altiplano où la vie est rude : les jeunes s’en vont vivre dans des villes comme Oruro ou La Paz, abandonnant la culture du quinoa et des lamas, pas assez rentables, et des villages entiers aux maisons parfois à peine finies, aux places centrales magnifiques, dotés d’une voire deux églises, sont laissés aux lamas qui continuent à habiter les rues et les cours des maisons. Seuls quelques vieillards restent, parce qu’ils ont vécu toute leur vie ici, vivant de peu, de viande de lamas et des provisions que leurs enfants leurs apportent, et avides de contact humain ils sont souvent ravis de nous voir arriver, de nouvelles têtes pour discuter. Généreux, ils nous offrent le gîte et le couvert, du thé, de la soupe de lama, du riz, du bacon de lama… Très pieux, ils nous tendent une Bible à potasser avant de dormir, nous mettent une vidéo d’un prédicateur enflammé qui transporte les foules, nous donnent leur bénédiction… Peu habitués à la cuisine locale, la digestion est difficile et c’est bien brassé que Jerem continuera à pousser son vélo dans le sable. Petites étapes obligatoires, on avance lentement de village en village… Le volcan Sajama se rapproche doucement, volcan parfait dont le sommet à 6500m est recouvert de glaciers, d’autant plus impressionnant qu’il est isolé au milieu de la pampa comme une canine sur la gencive d’un vieil édenté…

On fini par rejoindre la route principale, goudronnée, qui relie le Chili à La Paz; après ces six jours difficiles, quel bonheur de retrouver le goudron! La circulation fait un peu moins plaisir par contre, il y a beaucoup de camions transportant des containers de la côte chilienne vers les villes industrielles de Bolivie. Des kilomètres de pampa habitée seulement des lamas, la route descend ensuite dans une gorge où la présence d’un cours d’eau a favorisé l’installation humaine, petites maisons d’adobe, de chaume et de pneus éclatés récupérés sur le bord de la route. Les lamas paissent tranquillement, puis on note une transition plutôt brutale : les lamas ont disparu, remplacés par des vaches beaucoup moins exotiques aux os saillants, quelques moutons. On rejoint la ville de Patacamaya, ville de transit, point de rencontre entre les deux grosses routes de la région, celle d’où l’on vient et celle qui relie le sud de la Bolivie à La Paz. Camions stationnés, minibus hélant les voyageurs avant de reprendre la route bien pleins, un chargement hétéroclite sur le toit, étalages qui débordent sur les bas-côtés de la route dont on ne fait pas trop la distinction entre la partie route, la partie stationnement, la partie magasins et la partie trottoirs… Les petites cantines qui servent un plat unique et délicieux pour pas grand-chose nous permettent de reprendre des forces avant de repartir pour La Paz. Grosse route qui traverse des champs de blé, de patates, longe de petits villages où les gens sont occupés, sans machines, au récoltes. On cherche à passer la nuit dans un village juste avant La Paz pour y entrer tôt le lendemain, mais impossible de trouver une auberge; on demande aux habitants qui nous renvoient vers l’église des adventistes du septième jour, en pleine messe, qui nous accueillent gentiment dans la salle de catéchisme. C’est le jour de réunion de la communauté qui partage avec nous un repas, des jeux, et les enfants curieux qui nous posent milles questions.

La ville est en fait composée de deux villes distinctes, El Alto située sur le plateau, à 4100m, considérée comme la plus haute ville du monde, et La Paz, dans une sorte de canyon assez raide, que l’on ne voit qu’au tout dernier moment, lorsque l’on se tient au bord du plateau. Nous avons été bien avisés de rentrer tôt dans la ville, il nous faut plusieurs heures pour rejoindre la Casa de ciclistas, un lieu d’acceuil pour les cyclistes de passage, située dans le centre de La Paz. La circulation est plutôt difficile, entre les petits bus qui s’arrêtent lorsque les gens leurs font signe, les vendeurs installés tout au bord du trottoir, les passants, les chiens, les voitures… Vaste bazard tout en couleurs, on fini par rejoindre le bord du plateau et à découvrir La Paz d’en haut : des rues tracées droit dans la pente, des maisons souvent à peine finies, couleurs de brique, ou d’autres peintes de couleurs vives, accrochées sur la moindre parcelle de terre à flanc de montagne, dans des pentes tellement raides que les maisons semblent être construites les unes sur les autres. Les hauts volcans ferment la cuvette, dominant la ville de leurs 6400m.

On se laisser glisser vers le centre de la ville, apercevant des rues pleines de marchés colorés, où se vend de tout, des classiques fruits et légumes aux fœtus de lamas séchés, offrandes à la Pachamama – la Terre mère – enterrés sous les maisons pour porter bonheur, en passant par les herbes médicinales, les épices et les piles monstrueuses d’œufs.

 

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