Uyuni – Sabaya

Uyuni : petite ville bien touristique, point de départ des tours pour le Sud Lipez et le Salar d’Uyuni, point de passage du Dakar. On découvre son marché aux fruits et légumes, véritable corne d’abondance après ces jours de soupe-vermicelles-porridge: des étalages de fruits et de légumes connus et inconnus, de toutes les couleurs, pleins de fraîcheur; plus loin, les étalages de produits secs, maïs de toutes tailles aux utilisations bien précises, lentilles, quinoa; le coin des vendeurs de coca, entassée en gros tas dans lesquels ils piochent pour passer le temps; les vendeuses de pâtes, assises sur leurs sacs de cinquante kilos; l’allée des fromages et des œufs, celle de la viande conservée à l’air libre, dégoulinante de sang; les vendeurs de pain qui sèche au soleil; d’autres étalages plus surprenants, des « sorcières » assises au milieu de leurs herbes médicinales, tricotant, certaines avec des animaux desséchés suspendus au-dessus de leur tête : on reconnait des tatous, et d’autres choses qui pourraient être des chauves-souris. La ville est pleine de vie et s’anime dès les premiers rayons du soleil, seule source de chaleur dont tout le monde profite. On est bien loin des villes européennes « au carré », bien rangées, les rues sont pleines de petits vendeurs de choses plus ou moins alléchantes: des verres avec des choses qui flottent dedans, des œufs en neige sucrée, des soupes, du riz, du lama, du poulet, et les délicieux sandwichs à l’œuf et aux frites : un concentré de calories, juste ce qu’il nous faut. On profite de la ville pendant quelques jours avant de repartir en direction des salars.

Les salars sont des déserts de sel, et celui d’Uyuni, à 3658m est le plus grand, avec près de 150km de long, pour 100km de large, et jusqu’à 120m d’épaisseur de sel. On le rejoint après les 20km de route qui le sépare d’Uyuni. On a beau avoir vu des centaines de photos, la vision est incroyable, cette immensité parfaitement plate que l’on pourrait croire infinie, d’où seuls quelques sommets émergent à l’horizon, parfois à plusieurs dizaines voir centaines de kilomètres de nous; ils semblent flotter au-dessus de la Terre, comme des mirages. Le GPS est bien utile, car les points visés ne sont pas visible au loin, on roule alors pendant des kilomètres sans apercevoir notre objectif. Le sel est dur, rendant la progression facile, et comme pavé de grands polygones plus ou moins réguliers, hypnotiques lorsque qu’ils défilent sous nos roues; aucun obstacle sur cette mer de sel, on peut se laisser hypnotiser sereinement, si ce n’est les trous que l’on rencontre de temps à autre, remplis d’eau saturée, qui nous permettent d’admirer la cristallisation cubique du sel dans les couches inférieures. On ne résiste pas à l’envie d’en arracher quelques cristaux… Mauvaise habitude de cristalliers ??? On trimbale maintenant des cailloux sur nos vélos…

Pour une fois la chance est avec nous et le vent semble décidé à nous laisser tranquilles: tant mieux, ce soir on dors dans cette grande étendue dépourvue du moindre abri. Rien de plus facile que de trouver un endroit pour camper, il suffit de descendre des vélos et de s’installer où bon nous semble, face au soleil qui se couche derrière les volcans, et d’admirer le spectacle en profitant des dernières minutes de chaleur. Dès qu’il est tombé derrière l’horizon, la température dégringole, mais le spectacle des étoiles qui se lèvent nous fait tenir un moment hors des duvets: le ciel nocturne est une merveille.

Nuit plutôt fraîche encore, avec -9°C dans la tente. On prends le lendemain la direction de l’île des cactus ou « Incahuasi », située à peu près au milieu du salar, qui apparaît, d’abord flottante, puis se raccrochant à la Terre au fur et à mesure que l’on se rapproche. L’immensité du salar nous permettait d’être suffisamment isolés des jeeps des tours organisés pour nous sentir seuls au monde, mais l’île est comme un port où tout ce qui était égaré sur l’océan de sel se regroupe. On est le 21 juin, Jerem prend une année de plus au compteur, et on fête ça au-dessus du salar avec des bières que Mad avait habilement caché dans ses sacoches. L’île se vide petit à petit comme les jeeps rejoignent les hôtels, on monte au sommet, entre les grands cactus candélabres dont certains seraient millénaires, pour profiter du coucher du soleil avec un peu de hauteur sur le salar. D’en haut, on distingue bien les « pistes », grandes cicatrices noires qui le traversent le part en part. Le soleil se couche derrière le volcan Tunupa, que l’on espère pouvoir gravir dans deux jours. Île-point de rencontre, on retrouve Théo, un suisse croisé à Uyuni, avec qui on décide de continuer un bout du chemin.

On prend le lendemain la direction du volcan et ses 5400m d’altitude. Quarante kilomètres pour rejoindre le village de Coqueza à son pied, on prend notre temps, faisant au passage les obligatoires photos en perspective. On découvre doucement, comme elles se révèlent, les couleurs incroyables du sommet, les champs délimités de murets de pierre sèche dont les formes rappellent les polygones de sel. Une sortie du salar un peu humide, quelques lamas nous observent, quelques flamants roses posent pour les photos, les pattes dans l’eau immobile qui forme un miroir parfait. Le village est le point de départ de la rando pour le volcan, on s’installe dans une auberge dans une chambre toute faite de sel: les murs de grosses briques taillées dans le salar et striées en brun et blanc des différentes couches superposées, le sol de gros grains de sel, les lits, les sièges, les tables… L’air en est saturé aussi. Plutôt sympa, si ce n’est qu’on s’en met du coup absolument partout…

Après une nuit encore fraîche (3°C dans la chambre…), on part à l’assaut du volcan. Un guide serait requis et le « péage » coûte 500 bolivianos (environ 70€), on décide de ne rien comprendre et de monter jusqu’où c’est possible: le sommet a l’air bien escarpé. Le chemin commence entre les champs, qui doivent être de quinoa, mais qui en cette saison sont couverts de lupins aux feuilles argentées et aux fleurs bleues roi, qui apportent une nouvelle touche de couleur entre les ocres de la terre, le blanc du salar et le bleu du ciel. Un premier point de vue où la plupart des gens s’arrêtent, point de panneau, on continue pour prendre pied sur une arrête, plutôt raide, de sable, de gravier et de cailloux instables, mais aux couleurs incroyables : on évolue tantôt dans le blanc, le jaune, l’orange, ou le rouge. On monte jusqu’à 5000m, avant de décider de faire demi-tour, car ce gros tas de cailloux raide et instable ne nous inspire guère et aucun de nous n’as envie de descendre plus vite que prévu. On profite un moment du paysage, magique, la vue sur le salar bordé de montagnes qui en sortent comme d’une mer de nuages, les couleurs qui pourraient être celles d’un dessin d’enfant, les contrastes… c’est vraiment chouette.

Le lendemain on termine la traversée du salar pour sortir à son extrémité nord-ouest, une zones beaucoup moins parcourue : les pistes ne sont plus aussi marquées car les jeeps à touristes ne viennent pas. On roule alors avec un fort sentiment de solitude, on aperçoit au loin les montagnes qui marquent l’extrémité du salar, à quelques 40km, où est construite Llica, ville peu accueillante pour ne pas dire repoussante : peu de sourires sur les visages des habitants, de l’alcool, de la folie; on veut s’enfuir d’ici le plus vite possible. La fuite nous emmène au bord du salar de Coipasa, beaucoup plus petit que son voisin et peu parcouru par les touristes. Les villages semblent désertés et la réaction des rares habitants que l’on croise nous prouve qu’ils n’ont pas l’habitude de voir beaucoup d’étrangers: un vieillard, peut-être apeuré par l’arrivé de trois cyclistes pourtant pacifiques, s’est vite sauvé se réfugier chez lui et de fermer la porte… Pas très accueillant. Les alpagas sont plus sociables et deux d’entre eux, joliment décorés de pompons de laine aux oreilles et de plastrons colorés, viennent nous renifler. La piste, très sableuse, qui permet de rejoindre le salar de Coipasa est difficile, mais la vue splendide et le soleil nous aident à oublier nos douleurs.

Quand enfin on prend pied sur le salar, on se rend compte qu’il est bien plus humide, et également moins lisse que celui d’Uyuni, plus difficile à traverser avec nos bicyclettes. Le sel humide colle comme de la boue, est plus mou, plus irrégulier aussi; parfois lisse, parfois traversé de bosses comme des vagues pétrifiées, parfois parsemé de petites bosses comme des champignons qui nous secouent dans tous les sens, parfois piégés de trous invisibles sous une croûte de sel qui ne supporte pas le poids des vélos… Quelques objets disséminés attirent notre attention à des kilomètres : os et bouts de bois blanchis, morceaux de moteurs rongés par le sel, vieille valise défoncée… On traverse le salar en direction du village de Coipasa, sans croiser personne, puis on continue à travers une grande plaine un peu salée où parviennent tout de même à pousser quelques plantes qui nourrissent les lamas. Enfin, on rejoint Sabaya, première « ville » depuis que l’on a quitté Uyuni, où l’on retrouve des fruits, des légumes, et même un lavoir commun parfait pour nettoyer nos bicyclettes recouvertes de sel. C’est ici que nos chemins avec Théo se séparent, lui préférant repartir vers Oruro puis La Paz, via la route asphaltée. Nous, on prévoit de continuer le long de la frontière chilienne pour rejoindre Sajama.

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