Bonus, une journée type dans les Andes

Petit bonus demandé par Mika, et ceux qui se demandent à quoi ressemblent nos journées:
En général on se lève avec le soleil (vers 7h30 / 8h), car il fait trop froid avant pour envisager de sortir des duvets… On mange alors un gros petit déjeuner, souvent du porridge (avoine+lait en poudre+canelle+sucre+eau chaude), car c’est facile à transporter et à faire, c’est chaud, et ça tient au ventre pour la journée. Ensuite on léve le camp, on charge les vélos et on se met en route. Il nous faut entre 1h30 et 2h entre le moment où on sort du duvet et celui où on part.
On roule toute la journée, en faisant des pauses pour manger des bricoles, genre biscuits et fruits secs et boire mais on a laissé tomber le gros pique-nique à midi, parce qu’en général il fait trop froid et on trouve rarement des abris.
On cherche un coin pour passer la nuit à peu près 2h avant le coucher du soleil; on cherche surtout à être à l’abri du vent, la belle vue sur les montagnes ne compte pas trop. On monte la tente, on se fait un bon thé/café pour se réchauffer, on rempli le thermos d’eau chaude (c’est essentiel quand on sait que le matin en général nos réserves d’eau sont gelées!) et on enchaine directement sur le repas du soir pour ne pas avoir à rallumer le réchaud à essence qui demande un peu plus d’efforts qu’un réchaud à gaz. Le menu ne varie pas beaucoup : soupe en sachet et vermicelles/nouilles chinoises/polente/riz/avoine… On ne fait que rouler et manger quoi… Et dès que le soleil se cache, on se glisse bien emballés dans nos duvets pour essayer de se réchauffer en bouquinant un peu! En gros, à 18h30 / 19h on est au lit…
On attend les contrées plus clémentes pour rajouter le pique-nique à midi, la sieste à l’ombre sous les arbres, l’apéro et les légumes dans le menu du soir!

Quand on atteind une ville ou un village où on pense rester quelques jours pour se reposer, on en profite pour manger plein de bonnes choses, pour faire un peu d’entretient sur les vélos, pour refaire des courses, pour rencontrer des gens, se renseigner sur la suite et surtout pour ne rien faire; pas de visites effrenées, on profite de l’abri et on prend des forces!

Et pour les réparations, et bien avec le froid, le vent et le sable, on prie très fort pour ne pas avoir de problèmes… 🙂 pour l’instant ça marche pas trop mal! A part quelques crevaisons et une chaine cassée, presque toujours par des températures décentes et sans trop de vent, on n’a jamais eu de gros problèmes qui nous empêcheraient d’avancer.

Merci à ceux qui nous suivent et laissent des commentaires sur le blog, même si nous ne répondons pas (honte à nous), ça nous fait toujours plaisir de lire les messages et remarques. Si vous voulez un article sur un sujet, ou si vous avez des questions, n’hésitez pas à demander. 🙂

San Pedro de Atacama – Uyuni (Bolivie)

San Pedro de Atacama, une semaine de repos et d’attente, pendant laquelle on a pu apprécier les fruits et les légumes qui nous ont manqués pendant ces derniers jours, une petite excursion à la Vallée de la Lune, où le sable côtoie le sel et les talus ressemblent au front d’un glacier noir, le sel compact à l’aspect de glace mêlé de sable, aucune végétation, un paysage minéral, splendide au coucher du soleil. La ville est plutôt jolie, très touristique, avec un contraste bien marqué entre la partie où les gens vivent et la partie touristique, toute propre et pleine d’agences de voyage et de magasins de souvenirs. Avec la pluie, les rues se sont remplies d’une boue rouge et collante, les murs fait de terre et de paille dégoulinent en traînée ocres sur les crépis blancs, la ville ressemble à une glace qui fond. L’église est surprenante, la charpente particulièrement, toute en planches de bois de cactus, léger et ajouré, liées les unes aux autres par des lanières de cuir de lama, encore poilu. La pluie n’a malheureusement pas fait naître les roses de l’Atacama, mais les sommets autour se sont couverts de neige, puis le beau temps est revenu, nous remplissant d’espoir pour la suite : la frontière pour la Bolivie en passant par le Sud Lipez à ouvert, fermé, rouvert, refermé et semble le rester, on entend parler d’entre 40cm et 3m de neige, en tous cas pas d’amélioration. Le Sud Lipez est une région désertique de volcans, de lacs de toutes les couleurs, de flamands roses, de sable, de vent et de froid située tout au sud de la Bolivie, réputée magnifique, que l’on espérait traverser du sud au nord à partir de San Pedro de Atacama.

On se résout finalement à partir en direction de Calama, grosse ville minière à 100km a l’ouest, et à rejoindre la Bolivie plus au nord par le village d’Ollagüe. On quitte San Pedro sous un ciel d’un bleu parfait, avec les volcans enneigées tout autour, le Licancabur et les autres qui marquent la frontière avec la Bolivie. Calama n’est pas une ville très acceuillante, tout est barricadé, les maisons ressemblent à des prisons de haute sécurité et l’ambiance nous met mal à l’aise, avec un fort sentiment d’insécurité. Le temps de faire des provisions de beurre de cacahuéte, nouilles chinoises et autres merveilles gastronomiques introuvables dans les petites épiceries que l’on rencontre sur la route et puis on file vers la frontière bolivienne, 200km plus au nord. On remonte doucement dans les hauteurs, profitant au passage de la gentillesse des chiliens, qui nous acceuillent le soir, alors que le froid fait son retour. Après une nuit à profiter de la tranquillité des environs d’un cimétière, on nous invite dans la partie non habitée d’un logement de fonction, bien à l’abri, avec une bonne douche bien chaude à Estacion San Pedro, puis c’est dans un ancien wagon de train qu’on trouvera un abri à Ascotan, et une sorte d’aire de jeux quatre étoile, couverte, avec tobogans et trampoline, à Ollagüe. Les volcans se dressent majestueusement de part et d’autre de la route, la roche a des couleurs étonnantes et crée des marbrures dans le paysage, les lagunes et salars se succèdent maintenant, le vent nous pousse et nous donne des ailes jusqu’au début du salar d’Ascotan puis tourne brutalement et nous oblige à lutter jusqu’au salar de Carcote, on fini par planter la tente dans le sable blanc au pied du volcan Ollagüe qui fume – mais que disaient déjà nos cours de géologie sur les volcans andins?

La frontière est juste après le petit village d’Ollagüe, et ces quelques kilomètres qui séparent les 2 postes de frontière sont une vrai barrière culturelle, on change totalement d’ambiance; à la minutie des douaniers chiliens, avec ticket émis à l’entrée à remettre à la sortie, enregistrement des vélos et inspection des sacoches à la recherche de produits frais, s’oppose un douanier bolivien expéditif et mal luné – c’est l’heure du repas aussi. On bifurque juste après la frontière en direction du Sud Lipez; n’ayant pas pu traverser cette région, on espère quand même pouvoir y faire une boucle, malgrè ce qu’on nous a dit des conditions, ce serait dommage d’être arrivés jusque là et d’avoir passé autant de temps à attendre que les routes venant du sud ouvrent sans tenter d’aller voir par le nord. La route qui continue de monter doucement nous amène jusqu’à un kiosco, une petite maison d’une pièce où les touristes des nombreux tours viennent pour manger ou acheter des sucreries et où vit une petite famille; notre premier contact avec des Boliviens, qui au vu de la neige et du vent nous proposent de dormir dans l’hotel qu’ils sont en train de constuire. Des murs et un toit, c’est comme un hotel 4 étoiles pour nous.
On passe la soirée avec eux, impressionnés par les deux enfants de 4 et 5 ans qui courent partout, pleins d’energie à 4200m et avec des température largement négatives. Même à l’intérieur de la maison, non chauffée – on découvrira ensuite que c’est la norme – la température peine à dépasser les 10°C. On découvre la gentillesse de ceux qui n’ont pas grand-chose, on partage leur repas fait de pain maison, avec du beurre, un peu de fromage et de paté, accompagnés d’un délicieux maté à l’anis et de café. La tempète se lève pendant la nuit, au matin ils nous dissuadent de partir et c’est reconnaissants qu’on reste une nuit de plus dans l’hotel en construction. Avec des rafales à plus de 100km/h, un brouillard épais et la neige qui tombe, c’est vrai que repartir n’est pas vraiment une bonne idée. On passe la journée avec eux, les taches séparées entre les hommes et les femmes: Jerem va donner un coup de main à mettre des pierres sur le toit de la maison pour l’empecher de s’envoler. Faire des aller/retour sur une échelle, dans le vent et le froid, en portant les pierres, est une expérience intéressante, surtout à cette altitude… Heureusement qu’on est un minimum acclimaté. Mission de remplissage des cuves d’eau aussi, 2km de tracteur pour rejoindre un lac, bataille avec la pompe pour arriver à l’amorcer en plein vent et par des froids polaires, attente accroupis derrière la remorque pour se protéger un peu du vent pendant que les cuves se remplissent… Mad reste dans la maison avec les femmes, à écosser des petits pois pour la soupe avec la mère et la grand-mère qui tricote, tout en chiquant de la coca. Les gens se font de grosses boules qu’ils gardent dans les joues et qui leur déforment le visage, les feuilles de coca sont entre autres connues pour leurs propiétés stimulantes et pour combattre le mal des montagnes.
On mange la soupe de lama avec eux, Jerem se régale. Une question nous occupe un peu l’esprit, où va dormir la grand mère ??? Et bien, dans une pièce de l’hotel, à coté de la notre, sur un matelas posé à même le béton et avec quelques couvertures… Mais sans gros sac de couchage! Nos thermomètres indiquent quand même -5°C pendant la nuit, heureusement que le froid conserve 🙂

On se reveille avec le soleil, on se remet alors en route en direction de la Laguna Hedionda. Il fait encore froid, mais avec la neige, les paysages déjà incroyables sont sublimés. Bien emmitoufflés dans tous nos vêtements, on roule tranquillement vers la Lagune. On croise un bon nombre de 4×4, pas toujours sympa… Certains s’arrêtent pour discuter, nous proposer de l’eau ou même des friandises, mais d’autres se contentent de ralentir pour que les touristes aient le temps de nous prendre en photo, comme des animaux de cirque… sauf que les singes ont aussi un appareil photo et n’hésitent pas à le sortir pour faire comprendre dans l’hilarité générale leur grossièreté aux malotrus, qui pourraient au moins dire bonjour!
On longe une premmière lagune, la laguna Cañapa, touche de bleu-gris glacial au milieu du gris-blanc des montagnes, où les flamands roses se baignent les pieds tranquillement, puis on atteind la laguna Hedionda, ou laguna Los Flamingos, où une centaine de flamants roses semblent mener une danse étrange, avancant en rang serré, le bec fièrement tendu vers le ciel, tournant à angles aigus au gré des meneurs, en piaillant… ballet de pattes raides, étrange parade…
Un hôtel est installé au bord du lac, on nous laisse gentiment nous installer dans la salle hors-sac pour la nuit, bien fraiche encore mais à l’abri. Le lendemain on prend un gros petit dej à l’hôtel, avec le luxe de finir les restes des touristes, malades à cause de l’altitude. Hé hé, nous on est acclimatés et on peu se goinffrer! C’est avec le ventre bien rempli qu’on repart plus loin dans le sud Lipez en direction de la laguna Colorada; on verra bien jusqu’où on va… On longe trois autres lacs, ceux-ci dépourvus de flamants roses, mais un renard bien interressé s’approche de nous. La route est bien enneigée, ça devient difficile de continuer avec les vélos. On plante la tente 20km plus loin, pour notre nuit la plus froide. -12°C dans la tente. Madeleine choisi cette nuit là pour être malade… Bienvenue dans le Sud Lipez! Difficile de récupérer, on attaque le lendemain pas au top de notre forme. Peut être une combinaison du froid et de l’altitude, et avec les conditions difficiles pour rouler – enfin, on pousse plus qu’on roule : la neige gelée de la veille était presque plus facile à rouler que le sable dans lequel on ne contrôle pas trop les vélos, mais la neige ayant pris le soleil et fondue par endroits, par dessus le sable, c’est quelque chose… – on décide de faire demi-tour pour repartir vers le nord en direction d’Uyuni. Retour au bord de la lagune des flamants roses, puis on prend une autre route pour faire une petite boucle pour rejoindre le village d’Alota. La route est plutôt bien déneigée et nous permet de découvrir un peu plus de ces paysages magnifiques, de nouveaux volcans, d’autres lagunes, un ancien hôtel abandonné où les carcasses des voitures sont protégées par une inscription « ne pas voler ». Soit.

On rejoint la route principale qui traverse les grande plaines de l’altiplano et la Valle de las Rocas, qui comme son nom l’indique, est peuplée de gros blocs de pierre, à perte de vue, délicatement sculptés par le vent, dentelle de roche où l’on pourrait se promenner pendant des heures en contemplant les merveilles de l’érosion, et qui démange un peu nos doigts gelés de grimpeurs. Faute de pouvoir y grimper on y installe notre tente, bien à l’abri du vent.
La douche bien chaude à Alota est un bonheur, 11 jours depuis la dernière… sans quitter les vetements que l’on porte à cause du froid, on en avait bien besoin.
Il nous faudra encore 2 jours d’interminables lignes droites toutes plates de l’altiplano pour atteindre Uyuni, ou une bonne bière nous attend. 🙂

San Antonio de Los Cobres – San Pedro de Atacama

Départ de San Antonio de Los Cobres en direction du Chili, traversé des Andes par le Paso Sico. Ce sont 350km de pistes à plus de 3800 mètres d’altitude qui nous attendent, avec 4 cols à plus de 4200 mètres. On roule maintenant à 4, avec Coline et Jonathan, 2 français rencontrés a San Antonio, et qui comme nous viennent de Cafayate. Dès le premier jour, on grimpe le paso Chorillo (4550m). La longue monté s’effectue avec un léger vent de face, et de la coca plein la bouche. On est rejoint sous le sommet par Cyril qui se joint à notre groupe pour la suite. Le col franchi, on croise nos premières lagunes, le paysage change encore, avec un mélange d’ocre, et de blanc, avec au fond les sommets enneigés. Malgrès l’altitude, c’est très sec. On campe derrière une maison abandonnée, à l’abri du vent car le froid est déjà bien présent.
On attend les rayons du soleil pour sortir des tentes, puis on se met en route en direction d’Olacapato, petit village minier. Une mini-épicerie nous permet de faire le plein de biscuit et d’eau, et la troupe se met en route pour le prochain col, l’abra Arizaro (4330m). L’horizon s’étend, les distances s’allongent, on ne croise pratiquement aucune voiture, sentiment incroyable d’évoluer seul dans cet immensité. Nuit dans la monté du col, à l’abri discutable d’une dune de sable. Le froid devient mordant, et dès que les rayons du soleil disparaissent, chacun plonge à l’abri dans sa tente. Il est seulement 18h30… Les thermomètres indiquent déjà des températures négatives dans les tentes, les bouteilles d’eau gèlent complétement, et c’est toujours dur de s’extirper de la chaleur du sac de couchage pour se remettre en route.
Le col passé, on file vers Catua, dernier village Argentin avant la frontière. L’occasion d’acheter ici encore quelques provisions pour la suite. Comme un clin d’oeil avant de quitter l’Argentine, la dame de l’épicerie nous invite tous à manger chez elle. Soupe et pâte au Lama, un régal. Et savourer ce repas chaud, au coin du feu, dans une pièce à l’abri du vent, on ne peut que être touché par la générosité de cette personne. On file ensuite vers la douane, ou l’on compte passé la nuit avant de passer coté Chilien. La douane possède des locaux pour les personnes de passages, et nous pouvons encore une fois savourer un repas et un vrai lit dans un endroit chauffé.
Passage de douane compliqué, le douanier décide de prendre tous son temps, ce qui nous enerve un peu car on a une grosse journée devant nous. On décolle seulement vers 10h, pour une longue monté de 20km. Le vent de face, entre 60 et 80km/h, raffraichi encore plus l’atmosphère déjà bien fraiche. Le groupe se sépare un peu, on décide de monter chacun à notre rythme pour ne pas geler sur place. On franchi l’abra Sico (4450m) transit de froid et de fatigue, peu de temps pour les photos, on plonge vite en direction du poste de police pour mendier un abri au chaud pour le soir. Les 3 autres nous ayant devancé, on espère qu’ils auront réussi à négocier quelque chose. On atteint le poste de police vers 17h30, une bonne journée de 6h de vélo pour 35km, avec des températures largement négative. Les policiers n’ont pas de place, (ou ne veulent pas de nous), mais nous emmène 8km plus loin, dans les locaux d’une mine. Petite session cowboy, ils roulent comme des sauvages, on à peur pour les vélos entassés à l’arrière du pickup… On arrivera sans casse de matériel à la mine, ce qui n’est pas le cas de la voiture, qui a « malheureusement » rencontré une barrière. Pneu éclaté. Cela nous laisse au moins le temps de décharger tranquillement. On se retrouve au chaud une nouvelle fois, avec un bon thé/café. Le repos après une longue journée à lutter. On discute alors sur la suite, le froid est sevère, et on décide de rouler au max le lendemain pour essayer de dormir plus bas en altitude, fuir se froid omniprésent.
On reprend la route, le vent nous pousse sur quelques sections, on file alors plein gaz sur le ripio, croisant les camions qui refont la route coté Chilien. Les paysages ici sont complétement différent du coté Argentin, la neige est beaucoup plus présente, sur les sommets mais aussi au bord de la route, les lagunes d’un bleu vif se dévoilent les unes après les autres. C’est vraiment magnifique, mais le vent et le froid nous empechent de profiter pleinement des paysages. Un casse croute rapide au bord de la lagune Aqua Caliente, lagune azure entouré de pierres rouges, et on file pour notre dernière monté avant la redescente tant attendu dans le desert d’Attacama. Jo et Colyne en on marre, ils finiront en voiture jusqu’à San Pedro. On continue alors avec Cyril, mais la bagarre contre le vent est trop rude, et nous oblige à un camping à 3800m. Surement un des campings les plus froid qu’on ai eu, avec -8 dans la tente.
Et enfin, la descente tant attendu, on se laisse filer en direction de Socaire, premier village chilien après la frontière. On retrouve avec joie des tomates, avocats et pains frais !!! La température remonte peu à peu, on roule avec en fond le salar d’Attacama et San Pedro. On savoure enfin après des journées difficiles. Une dernière nuit dans la plaine, et nous voila à San Pedro, ou l’on retrouve Jo et Colyne reposés.
Mais comme quoi tout arrive, on prend maintenant la pluie dans le désert. Repos forcé avant de prendre la route du Sud Lipez…

Cafayate – San Antonio de Los Cobres

Après un repos à Cafayate, on reprend la route 40, le long des vignes. Les perroquets vert et bleu remplacent les sombres corbeaux au dévorage des raisins et s’envolent à notre passage dans une cacophonie incroyable. Après une vingtaine de kilomètre, on quitte la douceur de l’asphalte pour le ripio, sableux maintenant. La végétation est toujours aussi agressive et vient faire un nouveau trou dans un de nos pneus…
Petite pause a San Carlos pour acheter de la feuille de coca, à priori bon remède contre le mal des montagnes. Le décor change complètement, on quitte la plaine et les montagnes d’ocre rouge pour un paysage lunaire, de hautes lames de sable compact, blanches, taillées en sculptures abstraites par la pluie et le vent. Rien ne semble vivre là à part quelques cactus et les condors, grandes ombres décharnées qui règnent sur ce monde où rien ne bouge. Quelques maisons d’adobe, les piments sèchent au soleil et parfument l’air de leur odeur chaude et rouge. On rejoint une vallée plus verte, qui sépare les lames de sable des montagnes enneigées vers lesquelles on se dirige. Le paysage se fait plus sec comme on monte en altitude, on retrouve les grands cactus en remontant la vallée jusqu’à rejoindre la Poma, petite ville perché à 3000m. Les sommets enneigés, culminants à 6000m, sont tous près maintenant, et entourent l’Abra del Acay, col qui nous attend à 4900m d’altitude.
La route 40, qui quand on l’a rejoint il y a quelques mois ressemblait à une grosse nationale avec trafic de camions, n’est désormais plus qu’une petite piste sinueuse, raide, sableuse, sur laquelle deux voitures ont à peine de quoi se croiser, il n’y a plus de pont pour enjamber les rio, nous obligeant plusieurs fois à nous mouiller pour les traverser, ça rafraîchit!
On se retrouve bientôt à des altitudes où en savoyards on a l’habitude de ne plus croiser que des alpinistes tout équipés et où içi on croise des adolescentes en scooter, casque et cartable roses à la main; nous, on commence à souffler comme les alpinistes tout équipés, et les coups de pédales se font plus durs. La dernière maison habitée, une « bergerie » de lamas, est à près de 4000m…
Il nous faudra encore deux jours pour atteindre le col, avec un bivouac près de la dernière maison, et un autre vers 4700m; le froid ne nous aide pas à sortir tôt des duvets et le vent violent semble décidé à nous empêcher de passer le col, entre les rafales qui nous poussent en arrière et le sable qui nous aveugle. Le bivouac juste sous le col n’est pas tellement confortable, impossible de se faire à manger à cause du vent et chaque rafale rempli un peu plus la tente de sable; une nuit difficile en perspective… Surprise au matin, la neige s’est un peu invitée pendant la nuit, toute nos bouteilles d’eau sont gelées, et ça caille grave !!! Bref, on prend du temps pour décoller, et encore plus pour monter les quelques 250m restants, mais on y arrive!
On ne souffre étonnament pas trop de l’altitude, Madeleine a tout de même maché quelques feuilles de coca pendant la montée, histoire de faire passer le mal de tête.
Maintenant qu’on y est, on monte sur une butte à coté du col pour passer les 5000m, belle récompense après ces journées de montée.
La route se déroule comme un ruban de chaque côté du col, les sommets nous narguent encore plus haut, et en direction de San Antonio de Los Cobres, la plaine s’étend, immense, à perte de vue; de l’autre côté de la plaine, de nouvelles montagnes, encore plus hautes… l’air est incroyablement limpide, la vue, irréelle.
A cette altitude, il ne reste plus grand-chose; les cactus ont abandonné depuis longtemps, seules quelques herbes jaunâtres poussent courageusement au milieu des cailloux. Le vent soufle fort et emporte tout ce qui n’est pas bien accroché, et renforce le côté aérien du paysage.
Il nous reste 40km de descente jusqu’à San Antonio de Los Cobres, l’autre récompense; mais toujours ce vent, ne nous épargnant rien, rendra les dernier kilomètres beaucoup plus durs que prévu. On atteint enfin la ville au soleil couchant, ou l’on va se reposer une journée avant de repartir vers le Paso Sico et le Chili.

San Miguel de Tucuman – Cafayate

Changement de décor. Tucuman, 27°S, le paysage change radicalement comme on se rapproche des tropiques. Les orangers poussent dans la ville à la place des platanes, la ville prend des couleurs et s’abrite du soleil. La route sent la poussière et la charogne, l’air est sec, la lumière blanche. La végétation se fait grise, sèche et piquante dans la plaine, la pampa est plantée de champs de canne à sucre, les chevaux sont maigrichons et les oiseux profitent de leur dos pour naviguer tranquilles dans les herbes hautes. Changement de style aussi, le bois des maisons est remplacé par la pierre et la terre, les gens circulent beaucoup en scooters, qui comptent souvent plus de passagers que de roues, le casque au bras, des chargements parfois hasardeux complétant l’équipage: échelles, piles de cagettes, bâtons, courses, bébés…

On attaque la montée de notre premier col un peu « sérieux », l’Abra del Infernillo, 3000m; de loin le point le plus haut atteint ces derniers mois. Dans la forêt subtropicale d’abord, entrelacement de lianes, de grands arbres, d’épiphytes… Multitude d’espèces nouvelles pour nous, qui profitent d’un peu d’humidité à flanc de montagne et transpirent de gros nuages qui chaque jour viennent recouvrir les villages construits à mi-chemin du col et disparaissent avec la fraîcheur de la nuit. On découvre le lendemain un paysage de montagnes de sables ravinées, nu, que l’on a bien le temps d’admirer en traînant nos lourds chargements vers les hauteurs. Le col enfin, puis une descente bien méritée dans une vallée plus sèche encore, entre les hauts cactus et une végétation piquante et odorante, en direction de Cafayate.

 

Interlude motorisée : San Martin de Los Andes – San Miguel de Tucuman

Un grand saut vers le nord, fuite devant l’hiver. Les parallèles défilent facilement vus depuis le confort d’un siège de bus, la pampa se déroule indolore, le vent  et la pluie ont beau s’acharner ils ne nous atteignent pas. La facilité se paye pourtant avec son lot d’emmerdes, d’acharnement de la poisse, de la bureaucratie et de la malhonnêteté… On a hâte de retrouver la route fatigante physiquement mais bonne pour le moral.

 

 

San Carlos de Bariloche – San Martin de Los Andes

Après quelques jours passés à San Carlos de Bariloche, d’abord pour récupérer une tente toute neuve pour remplacer la nôtre qui fatigue, puis pour profiter des chocolats et finalement en attendant une éclaircie, et nous voilà partis pour la route des 7 lacs. Cette route qui permet de relier Villa La Angostura à San Martin de Los Andes serpente sur 120 km entre lacs et montagnes.

On décolle sous un beau soleil, la neige a coloré les sommets alentours, la fraîcheur s’installe, les ocres de la pampas se font oranges, on avance ici dans l’automne. Après quelques kilomètres de pampa ventée vite avalés, on se retrouve au bord du premier lac pour un bivouac fort sympathique. On aperçoit au loin le Cerro Tronador, qui enfin se découvre comme pour nous narguer maintenant qu’on en est loin.

On poursuit tranquillement, admirant lacs aux eaux limpides et paysages aux couleurs flamboyantes de l’automne qui est bien installé ici, pour rejoindre  quelques jours plus tard le Lago Falkner, au-dessus duquel le Cerro Falkner nous tend les bras. Un superbe coucher de soleil sur les sommets nous promet le meilleur pour la rando du lendemain, mais c’est sous une couche de nuages bien denses que nous nous réveillerons… On laisse tomber pour la journée, le ciel se dégage finalement pour laisser place à un soleil radieux. Le lendemain on décide de ne pas se faire avoir par le même plafond, et on monte pleins d’espoir, mais puisqu’on est montés le ciel reste résolument couvert… Décidément, nous sommes maudits. Une belle rando entre bambous, arbres couleurs de feu, pentes de sable et brume, dommage pour la vue…

On repars le lendemain vers San Martin de Los Andes, et quelques coups de pédale supplémentaires nous permettent d’atteindre le Paso Pil Pil. Une rivière coule au niveau du col et, indécise, se sépare en deux bras qui descendent chacun sur un versant différent; un bras descend vers Bariloche et rejoindra l’Atlantique, l’autre qui pars vers San Martin de Los Andes rejoindra le Pacifique… Belle illustration du hasard, il suffit de quelques cailloux…

Une belle descente nous permet de glisser jusqu’à San Martin de Los Andes qui marque la fin de la Route des 7 Lacs.

El Bolson – San Carlos de Bariloche

Notre route se poursuit en direction de San Carlos de Bariloche. Normalement, une nouvelle tente devrait nous attendre là bas. On quitte El Bolson sous un beau soleil, pédalant sur l’agréable asphalte de la route 40. Toujours un oeil dans le rétro, les camions et autocars ne prennent que trop rarement le temps de se déporter pour nous doubler. La route serpente en fond de vallée, on se réjoui d’une descente pour suer ensuite dans la montée qui inévitablement se présente. A Villa Mascardi, on s’échappe de la route 40 pour remonter une vallée jusqu’au Cerro Tronador. Le sens de circulation est alterné dans la journée sur cette portion de 30km, nous obligeant à décoller à 7h du matin. Réveil difficile et matinal, il nous faut bien deux heures tous les matins pour plier. Les nuages présents nous privent d’un lever de soleil sur les sommets. On aperçoit enfin le Cerro Tronador, sommet dont le nom provient du bruit de tonnerre qui résonne dans toute la vallée lorsque les séracs tombent. On pose alors les vélos le temps d’une ballade sur le Cerro Volcanico, majoritairement en forêt, qui nous emmène quelques 1000m plus haut sur le sommet du volcan. Plus de végétation, le sommet est un gros tas de gravier de pierre ponce. Pour atteindre le sommet, il faut franchir la frontière entre le Chili et l’Argentine, symbolisée par une balise, et, malédiction, les premiers pas de l’autre côté se font sous une pluie battante. Les nuages viennent se planter sur le sommet, nous privant de la vue. Décidément, le Chili nous en veut… On fuit la pluie, courant se réfugier de l’autre côté de la frontière où le vent argentin nous gèle, puis à l’abri dans la forêt plus bas.

Le lendemain pour le retour nous devons attendre 16h avant de prendre la route… on savait qu’on allait pas se coucher tôt, car la route jusqu’au prochain endroit ou on pourra dormir est longue, et c’est là que le pneu qu’on avait changé il y a un mois décide de rendre l’âme. Réparation obligatoire, on plantera la tente à 2h du matin… Une dernière journée de vélo et nous voilà à San Carlos de Bariloche. Quelques jours de repos dans une auberge, un peu de patience à la poste afin de récupérer la nouvelle tente, et nous voila prêts à poursuivre notre chemin.

Futaleufu – El Bolson

On quitte Futaleufu sous un ciel chargé, la neige toute proche, bien emballés pour lutter contre la pluie et le froid, le bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles. Le soleil nous accueille de sa douce chaleur seulement quelques kilomètres après la frontière Argentine, à croire que le mauvais temps reste sur le Chili…Les nuages pleins de pluie s’arrêtent comme le nuage de Tchernobyl, juste à la frontière. Dès qu’on passe du côté argentin on retrouve le beau fixe, et le vent. Depuis le temps qu’on se faisait arroser, ça fait vraiment plaisir de rouler sous un ciel limpide. Les paysages sont addoucis par la lumière jaune de l’automne, les sommets blanchis, les fruits des roses sauvages teintent de rouge vif le paysage à nouveau tout en bleus et ocres; adieu vert aggressif des contrées humides! Arrêt à Trevelin, ville d’échec: impossible de retirer des sous, la banque n’étant pas internationale, impossible de faire les courses…Détour imprévu de 25km donc, afin de rejoindre Esquel, ville plus grosse où l’on pourra retirer de l’argent. Les aléas du voyage… 🙂
Direction ensuite le parc national Los Alerces, on fuit la route 40 et ses camions furieux !
On mettra 5 jours pour traverser les 100km de parc, conquis par la beauté et le calme des lieux, la saison touristique touchant à sa fin. Une randonnée sur le Cerro Alto el Petizo nous permet de prendre de la hauteur pour admirer les lacs d’un bleu profond, entouré de montagnes sauvages, encore quelques vaillants glaciers accrochés sur les reliefs. Et une impression de solitude, pas de traces humaines hormis la route en bas, on se demande d’ailleurs si tous les sommets ont déjà été foulé une fois…
On retrouve inévitablement la route 40, passage obligé cette fois-ci pour rejoindre El Bolson après avoir traversé le parc. On croise au petit matin la maison de Butch Cassidy et Sundance Kid, gangsters américains qui auraient acheté quelques 60km² de terrain ici, afin de fuir les Etats Unis, et un peu plus loin un temple bouddhiste. Monument plutôt incongru ici en Argentine. Les premiers rêves d’Asie surviennent alors, mais il reste un peu de chemin à parcourir avant d’aller pédaler là bas…

La Junta – Futaleufu

Voila nos derniers kilomètres sur la Carretera Austral, avant de basculer coté Argentin. On nous avait prévenu que cette région était très humide, et nous n’avons pas été déçus… Avec les 10m annuels de pluie cumulés, on se doutait bien que l’on avait peu de chance de traverser cette partie au sec. Après 3 jours à attendre une improbable accalmie, on se résigne à partir sous une pluie battante. On doit un peu gérer cette frustration de ne rien voir du paysage, mais on commence vraiment à en avoir marre de toute cette eau. Fuyons!
Bref repos à La Junta, pour essayer de sécher au mieux l’équipement, puis on repart en direction de Villa Santa Lucia. Ce sont nos derniers kilomètres avant de quitter la Ruta National 7. On plonge alors dans une vallée étroite qui débouche sur le lago Yelcho, grand lac encerclé de montagnes. La pluie est toujours à nos trousses mais une promesse de ciel plus clément se profile à l’horizon.
On remonte ensuite la vallée du Rio Futaleufu, « peinte par Dieu » selon les panneaux. S’ils le disent… on veut bien le croire, mais la météo ne nous permet pas d’apprécier à sa juste valeur le charme des paysages; la pluie nous a rattrapés… Futuleufu avait l’air prometteuse, avec plein de randos et de kayaks sur « les meilleures eaux vives du monde » – ils ne lésinent pas sur le superlatif! – mais on y a surtout vu la pluie, pour changer… Après trois jours sous l’eau où il a fallu recouvrir la tente de baches en plastique de toutes sortes, on decide de décoller « coute que coute » vers l’Argentine… sur les vues satellites, la région de l’autre côté des montagnes est toute jaune, serait-ce la fin de la pluie?