La Paz – Cusco

Départ de La Paz pour un nouveau pays, le Perou. Les derniers kilomètres de l’altiplano nous amenent vers le bord du lac Titicaca, et sa dernière ville péruvienn: Copacabana. Bonne surprise à la frontière ensuite, on obtient un visa de 6 mois pour le Pérou. Plutôt de bonne augure pour traverser ce pays montagneux.
Après quelques kilomètres toujours le long du lac Titicaca, puis un bus de nuit, nous voila arrivé à Cusco, pour retrouver Manue et son frère.
Première fois de notre voyage que l’on retrouve des amis de France, c’est chouette.
Visite du Machu Picchu, ballade dans Cusco, petit resto et apéro, on pose encore le vélo pour un moment.
Avant de reprendre un bus pour le nord, on file rouler la vallée sacrée, et se ballader au dessus des saline de Maras.
Après une dernière partie de carte face à nos amis suisse, on quitte Cusco pour Huaraz et la Cordillère Blanche, 2ème massif le plus élevé après l’Himalaya.

Bonus #2 : Rencontres

Petit bonus pour Stitchouille: comment sont les gens qu’on croise?

En Patagonie tout d’abord, on est que très peu dépaysés. Les gens ont une vie proche de celle que l’on connait en Europe, avec ses caractéristiques locales. Bien sur il y a des gens sympa, d’autre moins, mais peu de curiosité : ils ont l’habitude de voir des touristes, et avec une forte immigration passée d’allemands et d’italiens on détonne peu avec nos yeux et cheveux clairs. Quand on monte au nord de l’Argentine, c’est un peu pareil, mais de plus en plus désordonné, comme les scooters et motos avec 3 voir 4 personnes dessus, savamment équilibrées et non casquées, à toute allure sur les routes… Pendant la traversé du Paso Sico, loin de la Patagonie plutôt aisée, on a pu rencontrer les habitants de villages reculés. Leur vie, loin des grandes villes, est beaucoup plus rustique, pas de chauffage, un aller-retour par mois dans la ville voisine, à plusieurs heures de route, pour se procurer ce dont ils ont besoin. L’environnement est dur, hostile parfois, et ceux qu’on a croisés ont toujours été très accueillants; peut être se rendent-ils compte que, en tant que cyclovoyageur, on est tout le temps soumis à ces conditions, et nous offrent volontiers leur aide, leur hospitalité ou juste un sourire. Moins habitués au passage des touristes, on intrigue plus qu’en Patagonie.

Et puis, la Bolivie. Quelques mots nous viennent à l’esprit quand on essaye de décrire nos impressions : dépaysement, nonchalance, bazar, couleurs. Les habitants de l’altiplano vivent de peu, avec peu. Dans les villages isolés, il n’y a pas d’eau potable, ni courante, dans les maisons, juste un robinet dans la cour devant chaque maison, dont l’eau gèle chaque nuit malgré les lainages qui entourent le conduit. La vaisselle et la cuisine se font dehors la plupart du temps, le gaz est rare et cher et beaucoup cuisinent dehors sur un feu de bois, brûlant racines et branches des quelques buissons qui arrivent à pousser. Pas de sanitaires, pas de chauffage, pas de frigo, mais le climat aide à conserver et le soleil sert à faire sécher la viande des lamas qui ne sont pas là que pour la laine. Dans de nombreux villages isolés, on ne trouve pas d’épicerie et le lama et le riz sont la base de la nourriture. On a eu la chance de dormir chez deux vieillards, après Sabaya, dans un endroit où personne ne vient jamais, à part leur enfants partis vivre en ville, qui leur apportent à manger. Ils vivent dans une petite maison d’adobe, dans une pièce de 20m², meublée de deux lits, une petite cuisinière, une petite table et un poste de télévision pour regarder les paroles enflammées de prédicateurs, les murs décorés d’anciens calendriers et la porte qui ouvre sur la pampa où vagabonde leur troupeau de lamas et d’alpagas. Source de viande et de revenus, la laine est vendue chaque année au Pérou où elle est transformée en jolis pulls bien chauds.
Dans les zones éloignées des grandes villes et des coins touristiques, les gens n’ont pas trop l’habitude de voir des étrangers; les enfants crient « Touristas! Touristas! » en nous voyant arriver et nous posent mille questions, sans toujours comprendre d’où on vient car beaucoup ne savent pas où est la France, des fois même où est l’Europe. Les plus âgés sont aussi curieux mais contiennent leur curiosité jusqu’à ce que les enfants aient fini de nous faire traduire les prénoms de tous les habitants du village. Souvent très gentils et très accueillants, on nous a souvent offert l’hospitalité, que ce soit dans une maison, dans une salle communale ou dans une église. Plutôt bavards, on en apprend pas mal sur eux et sur leur vie, certains n’ont jamais quitter le village ou ils sont nés et connaissent leur pays par cœur.

Les villes sont pleines de couleurs, et détonnent avec les villes européennes « au carré » où chaque chose est contrôlée: bazar organisé, tout se mélange, routes et trottoirs, étalages et parkings, et il faut se frayer un passage au milieu de tout ça. Tout se vend à même la rue, les fruits et les légumes éclatants de couleurs au soleil, la viande, les poissons, et les fromages, moins éclatants mais au soleil quand même… on se demande après pourquoi on est malades! Les villes sont bien vivantes, les gens sortent profiter de la chaleur du soleil et discuter, les jeunes dansent dans la rue, il y a toujours de la musique, des couleurs sur les fresques des murs, dans les vêtements des femmes : la plupart des Boliviennes portent la tenue imposée par les Espagnols lorsqu’ils ont débarqué en Bolivie. Une jupe plissée, aux couleurs éclatantes, par dessus de nombreux jupons, qui leur font des hanches énormes, un gros collant de laine et des chaussettes qui leur remontent jusqu’aux genoux, avec des sandales genre sandales de plage en plastique. De nombreuses couches de pulls et gilets, parfois un grand tablier à fleurs, un grand châle sur les épaules, deux longues tresses reliées au bout par un pompon de laine ou de perles, et toujours un chapeau : soit un petit chapeau tout rond, comme un chapeau melon, posé délicatement en équilibre sur le haut de la tête, soit un chapeau à grands bords plats pour se protéger du soleil. Un tissu rayé aux couleurs vives en guise de sac à dos ou de porte-bébé noué en travers des épaules, et souvent un tricot dans les mains dont la régularité témoigne de nombreuses heures passées à triturer la laine.

La Paz, entre jungle et glace

Notre pause à La Paz aura finalement duré plus longtemps que prévu, avec un passage de 1200m à 6088m en quelques jours…
Encouragés par d’autres cyclistes rencontrés à la Casa de Cyclistas, on décide d’aller faire un tour en vélo du coté de la route de la mort, petite route étroite taillée dans des pentes raides, connue pour son nombre de morts annuels extrêmement élevé… Cette route est l’ancienne route qui permettait de remonter des fonds de vallée sur l’altiplano, passant de la jungle chaude et humide aux hauteurs glacées en une soixantaine de kilomètres et 3400m de dénivelé.
On démarre d’un col au-dessus de La Paz, à 4600m d’altitude; on a choisi pour une fois la facilité et on se fait déposer au col en taxi, les deux vélos et Jerem dans le coffre, Mad bien installée à l’avant. Les policiers qui contrôlent tout ce qui sort de la ville s’assurent de la présence d’un extincteur, d’une pharmacie et autres choses obligatoires dans le taxi, mais ne s’offusquent pas du fait que Jerem soit accroupi dans le coffre à coté des vélos…
Le taxi nous dépose au col, et on attaque la descente par 30km de route goudronnée, le début de la route qui aujourd’hui remplace la route de la mort pour les voitures, bus et camions, avant de bifurquer sur la piste taillée à flanc de montagne. Devenue attraction touristique, elle n’est aujourd’hui quasiment parcourue que par les groupes de cyclistes. La montagne étant vraiment abrupte, on roule parfois au bord d’un précipice de plusieurs centaines de mètres. Si c’est relativement tranquille en vélo, on comprend aisément son nom en imaginant des véhicules se croisant ici… D’ailleurs, on y roule à gauche, afin que les chauffeurs soient au plus près du vide, pour viser juste… Les nombreuses croix plantées dans les talus nous rappellent que ce ne fut pas toujours le cas.
Le regard alterne sur le vide, la route et la trace que celle ci dessine dans la pente. On retrouve des arbres, une végétation verdoyante, de plus en plus dense, des fougères arborescentes, des arbres inconnus, des lianes, des orchidées aux couleurs éclatantes, des arbustes couverts de fleurs violet vif, des chants d’oiseaux, des odeurs, l’air humide et chaud qui pour la première fois depuis des mois nous oblige à enlever nos polaires… On aurait presque envie de passer un peu plus de temps dans la jungle, profiter de la chaleur et de tout ce qu’il y a à y voir: les jardins dans les villages en bas sont pleins de mandarines, citrons, bananes, mangues et autres merveilles…
On remonte sur l’altiplano en faisant du stop sur la nouvelle route, elle aussi taillée dans des pentes terribles, mais goudronnée et sécurisée par de grosses barrières… Précautions plus que nécessaires quand on voit de près la conduite des boliviens! On se fait déposer au col, afin de savourer encore les 1000m de descente qui nous séparent de la ville. La pose au col est aussi l’occasion pour nos chauffeurs de vider les poubelles qui sont dans leur voiture… Ils nous expliquent, c’est parce qu’en bas dans la vallée il n’y a pas de ramassage des ordures! Que dire? On comprend alors mieux pourquoi c’est si sale au bord des routes…
On savoure les derniers kilomètres de descente dans le crépuscule naissant, distinguant petit à petit les lumières de La Paz. On peut maintenant le dire, on est des « Death road survivors » !!!

Nouvelle rencontre à la Casa de Cyclistas, nouvelle aventure… On se laisse convaincre de tenter notre premier 6000, avec des infos et même un endroit pour louer du matos pas trop vieux…Pourquoi ne pas laisser encore un peu de repos à nos vélos ? C’est décidé, on s’équipe pour faire le Huayna Potosi, un sommet à 6088m.
Le sentier qui permet de monter au refuge commence a 4700m, avec une vue superbe sur les sommets qui sortent de la mer de nuages qui recouvre la jungle. Le mal de tête arrive pour Mad vers 5000m, mauvais signe pour le lendemain…
Les refuges sont perchés sur une morraine qui remonte au milieu du glacier, à 5200m. Première nuit au dessus de 5000m, on dort peu, avec l’impression désagréable d’étouffer, et quand enfin le reveil sonne à 1h, on n’a que très peu dormi… Petit déjeuner rapide, on s’équipe et on se met en route. On suit la file de lampes qui s’étend déjà un peu devant nous; les guides locaux connaissent le sommet par coeur, il n’y a qu’à suivre la trace, on est sûrs de ne pas se perdre. Le sommet est facile d’accès, une longue marche sur le glacier et un bout d’arrête en haut, ce qui en fait un 6000m accessible et très parcouru.
On avance doucement, le mal de tête de Mad se transforme en mal des montagnes vers 5500m; la suite de la montée est longue et elle s’en souviendra peu… Comme quoi, c’est complétement imprévisible: on peut passer deux mois au-dessus de 4000m, pédaler pendant sept mois et être malade à 5000m! Heureusement, les conditions sont excellentes, pas tellement froides pour ces altitudes, pas de vent.
On devine les sommets, masses noires qui sortent de la mer de nuages à l’est. Au sud les lumières de la ville font comme une grande coulée de lave dans les montagnes. La Lune se lève à l’horizon, posée comme un sourire au-dessus de la mer de nuages, d’abord rouge intense, puis or, puis blanche au dessus de nous, suivie assez vite par le soleil; tout se teinte de rouge, le sommet étant assez isolé et beaucoup plus haut que ses voisins, la vue est dégagée, immense, et incroyable. Et surtout, le soleil nous promet enfin un peu de chaleur. On arrive au sommet juste quand le soleil se fait un peu plus convaincant et nous permet d’admirer la vue: La Paz en dessous, avec El Alto qui s’étend sur l’altiplano, de grandes plaines vallonnées à l’ouest sur lesquelles se projette l’ombre immense du sommet, au nord le lac Titicaca, notre prochaine destination, et la chaine de montagnes qui sépare l’altiplano de la mer de nuages qui recouvre la jungle à l’ouest, comme une échine éclatante qui sépare deux monde, dont quelques sommets dépassent les 6000m. La vue est juste incroyable.
La descente nous semble interminable, le mal des montagnes disparaît comme il est venu; on récupère nos affaires au refuge, on reprend des forces à grands coups de chocolat avant de rejoindre la route. Un bus d’une agence nous ramène vers La Paz et la bière pour fêter notre premier 6000! 🙂

Sabaya – La Paz

La route qui part vers Sajama est une étroite piste sableuse, peu empruntée. On trouve le long de la route d’étranges petites maisons d’adobe aux angles arrondis par le temps, avec une étroite ouverture triangulaire en guise de porte; rien à l’intérieur, on ne pourrait même pas y entrer… Ces maisons sont de vieux tombeaux dans lesquels on entrevoit des os, parfois recouverts de peau momifiée, parfois une longue tresse noire. Quelques villages sont installés le long de la route, on croise les habitants qui relient la ville à leur village à pied, un grand tissu coloré noué sur les épaules en guise de sac à dos, une ombrelle pour se protéger du soleil. Pourtant, la plupart des villages sont complètement déserts, l’exode rural frappe fort dans les villages isolés de l’altiplano où la vie est rude : les jeunes s’en vont vivre dans des villes comme Oruro ou La Paz, abandonnant la culture du quinoa et des lamas, pas assez rentables, et des villages entiers aux maisons parfois à peine finies, aux places centrales magnifiques, dotés d’une voire deux églises, sont laissés aux lamas qui continuent à habiter les rues et les cours des maisons. Seuls quelques vieillards restent, parce qu’ils ont vécu toute leur vie ici, vivant de peu, de viande de lamas et des provisions que leurs enfants leurs apportent, et avides de contact humain ils sont souvent ravis de nous voir arriver, de nouvelles têtes pour discuter. Généreux, ils nous offrent le gîte et le couvert, du thé, de la soupe de lama, du riz, du bacon de lama… Très pieux, ils nous tendent une Bible à potasser avant de dormir, nous mettent une vidéo d’un prédicateur enflammé qui transporte les foules, nous donnent leur bénédiction… Peu habitués à la cuisine locale, la digestion est difficile et c’est bien brassé que Jerem continuera à pousser son vélo dans le sable. Petites étapes obligatoires, on avance lentement de village en village… Le volcan Sajama se rapproche doucement, volcan parfait dont le sommet à 6500m est recouvert de glaciers, d’autant plus impressionnant qu’il est isolé au milieu de la pampa comme une canine sur la gencive d’un vieil édenté…

On fini par rejoindre la route principale, goudronnée, qui relie le Chili à La Paz; après ces six jours difficiles, quel bonheur de retrouver le goudron! La circulation fait un peu moins plaisir par contre, il y a beaucoup de camions transportant des containers de la côte chilienne vers les villes industrielles de Bolivie. Des kilomètres de pampa habitée seulement des lamas, la route descend ensuite dans une gorge où la présence d’un cours d’eau a favorisé l’installation humaine, petites maisons d’adobe, de chaume et de pneus éclatés récupérés sur le bord de la route. Les lamas paissent tranquillement, puis on note une transition plutôt brutale : les lamas ont disparu, remplacés par des vaches beaucoup moins exotiques aux os saillants, quelques moutons. On rejoint la ville de Patacamaya, ville de transit, point de rencontre entre les deux grosses routes de la région, celle d’où l’on vient et celle qui relie le sud de la Bolivie à La Paz. Camions stationnés, minibus hélant les voyageurs avant de reprendre la route bien pleins, un chargement hétéroclite sur le toit, étalages qui débordent sur les bas-côtés de la route dont on ne fait pas trop la distinction entre la partie route, la partie stationnement, la partie magasins et la partie trottoirs… Les petites cantines qui servent un plat unique et délicieux pour pas grand-chose nous permettent de reprendre des forces avant de repartir pour La Paz. Grosse route qui traverse des champs de blé, de patates, longe de petits villages où les gens sont occupés, sans machines, au récoltes. On cherche à passer la nuit dans un village juste avant La Paz pour y entrer tôt le lendemain, mais impossible de trouver une auberge; on demande aux habitants qui nous renvoient vers l’église des adventistes du septième jour, en pleine messe, qui nous accueillent gentiment dans la salle de catéchisme. C’est le jour de réunion de la communauté qui partage avec nous un repas, des jeux, et les enfants curieux qui nous posent milles questions.

La ville est en fait composée de deux villes distinctes, El Alto située sur le plateau, à 4100m, considérée comme la plus haute ville du monde, et La Paz, dans une sorte de canyon assez raide, que l’on ne voit qu’au tout dernier moment, lorsque l’on se tient au bord du plateau. Nous avons été bien avisés de rentrer tôt dans la ville, il nous faut plusieurs heures pour rejoindre la Casa de ciclistas, un lieu d’acceuil pour les cyclistes de passage, située dans le centre de La Paz. La circulation est plutôt difficile, entre les petits bus qui s’arrêtent lorsque les gens leurs font signe, les vendeurs installés tout au bord du trottoir, les passants, les chiens, les voitures… Vaste bazard tout en couleurs, on fini par rejoindre le bord du plateau et à découvrir La Paz d’en haut : des rues tracées droit dans la pente, des maisons souvent à peine finies, couleurs de brique, ou d’autres peintes de couleurs vives, accrochées sur la moindre parcelle de terre à flanc de montagne, dans des pentes tellement raides que les maisons semblent être construites les unes sur les autres. Les hauts volcans ferment la cuvette, dominant la ville de leurs 6400m.

On se laisser glisser vers le centre de la ville, apercevant des rues pleines de marchés colorés, où se vend de tout, des classiques fruits et légumes aux fœtus de lamas séchés, offrandes à la Pachamama – la Terre mère – enterrés sous les maisons pour porter bonheur, en passant par les herbes médicinales, les épices et les piles monstrueuses d’œufs.

 

Uyuni – Sabaya

Uyuni : petite ville bien touristique, point de départ des tours pour le Sud Lipez et le Salar d’Uyuni, point de passage du Dakar. On découvre son marché aux fruits et légumes, véritable corne d’abondance après ces jours de soupe-vermicelles-porridge: des étalages de fruits et de légumes connus et inconnus, de toutes les couleurs, pleins de fraîcheur; plus loin, les étalages de produits secs, maïs de toutes tailles aux utilisations bien précises, lentilles, quinoa; le coin des vendeurs de coca, entassée en gros tas dans lesquels ils piochent pour passer le temps; les vendeuses de pâtes, assises sur leurs sacs de cinquante kilos; l’allée des fromages et des œufs, celle de la viande conservée à l’air libre, dégoulinante de sang; les vendeurs de pain qui sèche au soleil; d’autres étalages plus surprenants, des « sorcières » assises au milieu de leurs herbes médicinales, tricotant, certaines avec des animaux desséchés suspendus au-dessus de leur tête : on reconnait des tatous, et d’autres choses qui pourraient être des chauves-souris. La ville est pleine de vie et s’anime dès les premiers rayons du soleil, seule source de chaleur dont tout le monde profite. On est bien loin des villes européennes « au carré », bien rangées, les rues sont pleines de petits vendeurs de choses plus ou moins alléchantes: des verres avec des choses qui flottent dedans, des œufs en neige sucrée, des soupes, du riz, du lama, du poulet, et les délicieux sandwichs à l’œuf et aux frites : un concentré de calories, juste ce qu’il nous faut. On profite de la ville pendant quelques jours avant de repartir en direction des salars.

Les salars sont des déserts de sel, et celui d’Uyuni, à 3658m est le plus grand, avec près de 150km de long, pour 100km de large, et jusqu’à 120m d’épaisseur de sel. On le rejoint après les 20km de route qui le sépare d’Uyuni. On a beau avoir vu des centaines de photos, la vision est incroyable, cette immensité parfaitement plate que l’on pourrait croire infinie, d’où seuls quelques sommets émergent à l’horizon, parfois à plusieurs dizaines voir centaines de kilomètres de nous; ils semblent flotter au-dessus de la Terre, comme des mirages. Le GPS est bien utile, car les points visés ne sont pas visible au loin, on roule alors pendant des kilomètres sans apercevoir notre objectif. Le sel est dur, rendant la progression facile, et comme pavé de grands polygones plus ou moins réguliers, hypnotiques lorsque qu’ils défilent sous nos roues; aucun obstacle sur cette mer de sel, on peut se laisser hypnotiser sereinement, si ce n’est les trous que l’on rencontre de temps à autre, remplis d’eau saturée, qui nous permettent d’admirer la cristallisation cubique du sel dans les couches inférieures. On ne résiste pas à l’envie d’en arracher quelques cristaux… Mauvaise habitude de cristalliers ??? On trimbale maintenant des cailloux sur nos vélos…

Pour une fois la chance est avec nous et le vent semble décidé à nous laisser tranquilles: tant mieux, ce soir on dors dans cette grande étendue dépourvue du moindre abri. Rien de plus facile que de trouver un endroit pour camper, il suffit de descendre des vélos et de s’installer où bon nous semble, face au soleil qui se couche derrière les volcans, et d’admirer le spectacle en profitant des dernières minutes de chaleur. Dès qu’il est tombé derrière l’horizon, la température dégringole, mais le spectacle des étoiles qui se lèvent nous fait tenir un moment hors des duvets: le ciel nocturne est une merveille.

Nuit plutôt fraîche encore, avec -9°C dans la tente. On prends le lendemain la direction de l’île des cactus ou « Incahuasi », située à peu près au milieu du salar, qui apparaît, d’abord flottante, puis se raccrochant à la Terre au fur et à mesure que l’on se rapproche. L’immensité du salar nous permettait d’être suffisamment isolés des jeeps des tours organisés pour nous sentir seuls au monde, mais l’île est comme un port où tout ce qui était égaré sur l’océan de sel se regroupe. On est le 21 juin, Jerem prend une année de plus au compteur, et on fête ça au-dessus du salar avec des bières que Mad avait habilement caché dans ses sacoches. L’île se vide petit à petit comme les jeeps rejoignent les hôtels, on monte au sommet, entre les grands cactus candélabres dont certains seraient millénaires, pour profiter du coucher du soleil avec un peu de hauteur sur le salar. D’en haut, on distingue bien les « pistes », grandes cicatrices noires qui le traversent le part en part. Le soleil se couche derrière le volcan Tunupa, que l’on espère pouvoir gravir dans deux jours. Île-point de rencontre, on retrouve Théo, un suisse croisé à Uyuni, avec qui on décide de continuer un bout du chemin.

On prend le lendemain la direction du volcan et ses 5400m d’altitude. Quarante kilomètres pour rejoindre le village de Coqueza à son pied, on prend notre temps, faisant au passage les obligatoires photos en perspective. On découvre doucement, comme elles se révèlent, les couleurs incroyables du sommet, les champs délimités de murets de pierre sèche dont les formes rappellent les polygones de sel. Une sortie du salar un peu humide, quelques lamas nous observent, quelques flamants roses posent pour les photos, les pattes dans l’eau immobile qui forme un miroir parfait. Le village est le point de départ de la rando pour le volcan, on s’installe dans une auberge dans une chambre toute faite de sel: les murs de grosses briques taillées dans le salar et striées en brun et blanc des différentes couches superposées, le sol de gros grains de sel, les lits, les sièges, les tables… L’air en est saturé aussi. Plutôt sympa, si ce n’est qu’on s’en met du coup absolument partout…

Après une nuit encore fraîche (3°C dans la chambre…), on part à l’assaut du volcan. Un guide serait requis et le « péage » coûte 500 bolivianos (environ 70€), on décide de ne rien comprendre et de monter jusqu’où c’est possible: le sommet a l’air bien escarpé. Le chemin commence entre les champs, qui doivent être de quinoa, mais qui en cette saison sont couverts de lupins aux feuilles argentées et aux fleurs bleues roi, qui apportent une nouvelle touche de couleur entre les ocres de la terre, le blanc du salar et le bleu du ciel. Un premier point de vue où la plupart des gens s’arrêtent, point de panneau, on continue pour prendre pied sur une arrête, plutôt raide, de sable, de gravier et de cailloux instables, mais aux couleurs incroyables : on évolue tantôt dans le blanc, le jaune, l’orange, ou le rouge. On monte jusqu’à 5000m, avant de décider de faire demi-tour, car ce gros tas de cailloux raide et instable ne nous inspire guère et aucun de nous n’as envie de descendre plus vite que prévu. On profite un moment du paysage, magique, la vue sur le salar bordé de montagnes qui en sortent comme d’une mer de nuages, les couleurs qui pourraient être celles d’un dessin d’enfant, les contrastes… c’est vraiment chouette.

Le lendemain on termine la traversée du salar pour sortir à son extrémité nord-ouest, une zones beaucoup moins parcourue : les pistes ne sont plus aussi marquées car les jeeps à touristes ne viennent pas. On roule alors avec un fort sentiment de solitude, on aperçoit au loin les montagnes qui marquent l’extrémité du salar, à quelques 40km, où est construite Llica, ville peu accueillante pour ne pas dire repoussante : peu de sourires sur les visages des habitants, de l’alcool, de la folie; on veut s’enfuir d’ici le plus vite possible. La fuite nous emmène au bord du salar de Coipasa, beaucoup plus petit que son voisin et peu parcouru par les touristes. Les villages semblent désertés et la réaction des rares habitants que l’on croise nous prouve qu’ils n’ont pas l’habitude de voir beaucoup d’étrangers: un vieillard, peut-être apeuré par l’arrivé de trois cyclistes pourtant pacifiques, s’est vite sauvé se réfugier chez lui et de fermer la porte… Pas très accueillant. Les alpagas sont plus sociables et deux d’entre eux, joliment décorés de pompons de laine aux oreilles et de plastrons colorés, viennent nous renifler. La piste, très sableuse, qui permet de rejoindre le salar de Coipasa est difficile, mais la vue splendide et le soleil nous aident à oublier nos douleurs.

Quand enfin on prend pied sur le salar, on se rend compte qu’il est bien plus humide, et également moins lisse que celui d’Uyuni, plus difficile à traverser avec nos bicyclettes. Le sel humide colle comme de la boue, est plus mou, plus irrégulier aussi; parfois lisse, parfois traversé de bosses comme des vagues pétrifiées, parfois parsemé de petites bosses comme des champignons qui nous secouent dans tous les sens, parfois piégés de trous invisibles sous une croûte de sel qui ne supporte pas le poids des vélos… Quelques objets disséminés attirent notre attention à des kilomètres : os et bouts de bois blanchis, morceaux de moteurs rongés par le sel, vieille valise défoncée… On traverse le salar en direction du village de Coipasa, sans croiser personne, puis on continue à travers une grande plaine un peu salée où parviennent tout de même à pousser quelques plantes qui nourrissent les lamas. Enfin, on rejoint Sabaya, première « ville » depuis que l’on a quitté Uyuni, où l’on retrouve des fruits, des légumes, et même un lavoir commun parfait pour nettoyer nos bicyclettes recouvertes de sel. C’est ici que nos chemins avec Théo se séparent, lui préférant repartir vers Oruro puis La Paz, via la route asphaltée. Nous, on prévoit de continuer le long de la frontière chilienne pour rejoindre Sajama.

Bonus #1 une journée type dans les Andes

Petit bonus demandé par Mika, et ceux qui se demandent à quoi ressemblent nos journées:
En général on se lève avec le soleil (vers 7h30 / 8h), car il fait trop froid avant pour envisager de sortir des duvets… On mange alors un gros petit déjeuner, souvent du porridge (avoine+lait en poudre+canelle+sucre+eau chaude), car c’est facile à transporter et à faire, c’est chaud, et ça tient au ventre pour la journée. Ensuite on léve le camp, on charge les vélos et on se met en route. Il nous faut entre 1h30 et 2h entre le moment où on sort du duvet et celui où on part.
On roule toute la journée, en faisant des pauses pour manger des bricoles, genre biscuits et fruits secs et boire mais on a laissé tomber le gros pique-nique à midi, parce qu’en général il fait trop froid et on trouve rarement des abris.
On cherche un coin pour passer la nuit à peu près 2h avant le coucher du soleil; on cherche surtout à être à l’abri du vent, la belle vue sur les montagnes ne compte pas trop. On monte la tente, on se fait un bon thé/café pour se réchauffer, on rempli le thermos d’eau chaude (c’est essentiel quand on sait que le matin en général nos réserves d’eau sont gelées!) et on enchaine directement sur le repas du soir pour ne pas avoir à rallumer le réchaud à essence qui demande un peu plus d’efforts qu’un réchaud à gaz. Le menu ne varie pas beaucoup : soupe en sachet et vermicelles/nouilles chinoises/polente/riz/avoine… On ne fait que rouler et manger quoi… Et dès que le soleil se cache, on se glisse bien emballés dans nos duvets pour essayer de se réchauffer en bouquinant un peu! En gros, à 18h30 / 19h on est au lit…
On attend les contrées plus clémentes pour rajouter le pique-nique à midi, la sieste à l’ombre sous les arbres, l’apéro et les légumes dans le menu du soir!

Quand on atteind une ville ou un village où on pense rester quelques jours pour se reposer, on en profite pour manger plein de bonnes choses, pour faire un peu d’entretient sur les vélos, pour refaire des courses, pour rencontrer des gens, se renseigner sur la suite et surtout pour ne rien faire; pas de visites effrenées, on profite de l’abri et on prend des forces!

Et pour les réparations, et bien avec le froid, le vent et le sable, on prie très fort pour ne pas avoir de problèmes… 🙂 pour l’instant ça marche pas trop mal! A part quelques crevaisons et une chaine cassée, presque toujours par des températures décentes et sans trop de vent, on n’a jamais eu de gros problèmes qui nous empêcheraient d’avancer.

Merci à ceux qui nous suivent et laissent des commentaires sur le blog, même si nous ne répondons pas (honte à nous), ça nous fait toujours plaisir de lire les messages et remarques. Si vous voulez un article sur un sujet, ou si vous avez des questions, n’hésitez pas à demander. 🙂

San Pedro de Atacama – Uyuni (Bolivie)

San Pedro de Atacama, une semaine de repos et d’attente, pendant laquelle on a pu apprécier les fruits et les légumes qui nous ont manqués pendant ces derniers jours, une petite excursion à la Vallée de la Lune, où le sable côtoie le sel et les talus ressemblent au front d’un glacier noir, le sel compact à l’aspect de glace mêlé de sable, aucune végétation, un paysage minéral, splendide au coucher du soleil. La ville est plutôt jolie, très touristique, avec un contraste bien marqué entre la partie où les gens vivent et la partie touristique, toute propre et pleine d’agences de voyage et de magasins de souvenirs. Avec la pluie, les rues se sont remplies d’une boue rouge et collante, les murs fait de terre et de paille dégoulinent en traînée ocres sur les crépis blancs, la ville ressemble à une glace qui fond. L’église est surprenante, la charpente particulièrement, toute en planches de bois de cactus, léger et ajouré, liées les unes aux autres par des lanières de cuir de lama, encore poilu. La pluie n’a malheureusement pas fait naître les roses de l’Atacama, mais les sommets autour se sont couverts de neige, puis le beau temps est revenu, nous remplissant d’espoir pour la suite : la frontière pour la Bolivie en passant par le Sud Lipez à ouvert, fermé, rouvert, refermé et semble le rester, on entend parler d’entre 40cm et 3m de neige, en tous cas pas d’amélioration. Le Sud Lipez est une région désertique de volcans, de lacs de toutes les couleurs, de flamands roses, de sable, de vent et de froid située tout au sud de la Bolivie, réputée magnifique, que l’on espérait traverser du sud au nord à partir de San Pedro de Atacama.

On se résout finalement à partir en direction de Calama, grosse ville minière à 100km a l’ouest, et à rejoindre la Bolivie plus au nord par le village d’Ollagüe. On quitte San Pedro sous un ciel d’un bleu parfait, avec les volcans enneigées tout autour, le Licancabur et les autres qui marquent la frontière avec la Bolivie. Calama n’est pas une ville très acceuillante, tout est barricadé, les maisons ressemblent à des prisons de haute sécurité et l’ambiance nous met mal à l’aise, avec un fort sentiment d’insécurité. Le temps de faire des provisions de beurre de cacahuéte, nouilles chinoises et autres merveilles gastronomiques introuvables dans les petites épiceries que l’on rencontre sur la route et puis on file vers la frontière bolivienne, 200km plus au nord. On remonte doucement dans les hauteurs, profitant au passage de la gentillesse des chiliens, qui nous acceuillent le soir, alors que le froid fait son retour. Après une nuit à profiter de la tranquillité des environs d’un cimétière, on nous invite dans la partie non habitée d’un logement de fonction, bien à l’abri, avec une bonne douche bien chaude à Estacion San Pedro, puis c’est dans un ancien wagon de train qu’on trouvera un abri à Ascotan, et une sorte d’aire de jeux quatre étoile, couverte, avec tobogans et trampoline, à Ollagüe. Les volcans se dressent majestueusement de part et d’autre de la route, la roche a des couleurs étonnantes et crée des marbrures dans le paysage, les lagunes et salars se succèdent maintenant, le vent nous pousse et nous donne des ailes jusqu’au début du salar d’Ascotan puis tourne brutalement et nous oblige à lutter jusqu’au salar de Carcote, on fini par planter la tente dans le sable blanc au pied du volcan Ollagüe qui fume – mais que disaient déjà nos cours de géologie sur les volcans andins?

La frontière est juste après le petit village d’Ollagüe, et ces quelques kilomètres qui séparent les 2 postes de frontière sont une vrai barrière culturelle, on change totalement d’ambiance; à la minutie des douaniers chiliens, avec ticket émis à l’entrée à remettre à la sortie, enregistrement des vélos et inspection des sacoches à la recherche de produits frais, s’oppose un douanier bolivien expéditif et mal luné – c’est l’heure du repas aussi. On bifurque juste après la frontière en direction du Sud Lipez; n’ayant pas pu traverser cette région, on espère quand même pouvoir y faire une boucle, malgrè ce qu’on nous a dit des conditions, ce serait dommage d’être arrivés jusque là et d’avoir passé autant de temps à attendre que les routes venant du sud ouvrent sans tenter d’aller voir par le nord. La route qui continue de monter doucement nous amène jusqu’à un kiosco, une petite maison d’une pièce où les touristes des nombreux tours viennent pour manger ou acheter des sucreries et où vit une petite famille; notre premier contact avec des Boliviens, qui au vu de la neige et du vent nous proposent de dormir dans l’hotel qu’ils sont en train de constuire. Des murs et un toit, c’est comme un hotel 4 étoiles pour nous.
On passe la soirée avec eux, impressionnés par les deux enfants de 4 et 5 ans qui courent partout, pleins d’energie à 4200m et avec des température largement négatives. Même à l’intérieur de la maison, non chauffée – on découvrira ensuite que c’est la norme – la température peine à dépasser les 10°C. On découvre la gentillesse de ceux qui n’ont pas grand-chose, on partage leur repas fait de pain maison, avec du beurre, un peu de fromage et de paté, accompagnés d’un délicieux maté à l’anis et de café. La tempète se lève pendant la nuit, au matin ils nous dissuadent de partir et c’est reconnaissants qu’on reste une nuit de plus dans l’hotel en construction. Avec des rafales à plus de 100km/h, un brouillard épais et la neige qui tombe, c’est vrai que repartir n’est pas vraiment une bonne idée. On passe la journée avec eux, les taches séparées entre les hommes et les femmes: Jerem va donner un coup de main à mettre des pierres sur le toit de la maison pour l’empecher de s’envoler. Faire des aller/retour sur une échelle, dans le vent et le froid, en portant les pierres, est une expérience intéressante, surtout à cette altitude… Heureusement qu’on est un minimum acclimaté. Mission de remplissage des cuves d’eau aussi, 2km de tracteur pour rejoindre un lac, bataille avec la pompe pour arriver à l’amorcer en plein vent et par des froids polaires, attente accroupis derrière la remorque pour se protéger un peu du vent pendant que les cuves se remplissent… Mad reste dans la maison avec les femmes, à écosser des petits pois pour la soupe avec la mère et la grand-mère qui tricote, tout en chiquant de la coca. Les gens se font de grosses boules qu’ils gardent dans les joues et qui leur déforment le visage, les feuilles de coca sont entre autres connues pour leurs propiétés stimulantes et pour combattre le mal des montagnes.
On mange la soupe de lama avec eux, Jerem se régale. Une question nous occupe un peu l’esprit, où va dormir la grand mère ??? Et bien, dans une pièce de l’hotel, à coté de la notre, sur un matelas posé à même le béton et avec quelques couvertures… Mais sans gros sac de couchage! Nos thermomètres indiquent quand même -5°C pendant la nuit, heureusement que le froid conserve 🙂

On se reveille avec le soleil, on se remet alors en route en direction de la Laguna Hedionda. Il fait encore froid, mais avec la neige, les paysages déjà incroyables sont sublimés. Bien emmitoufflés dans tous nos vêtements, on roule tranquillement vers la Lagune. On croise un bon nombre de 4×4, pas toujours sympa… Certains s’arrêtent pour discuter, nous proposer de l’eau ou même des friandises, mais d’autres se contentent de ralentir pour que les touristes aient le temps de nous prendre en photo, comme des animaux de cirque… sauf que les singes ont aussi un appareil photo et n’hésitent pas à le sortir pour faire comprendre dans l’hilarité générale leur grossièreté aux malotrus, qui pourraient au moins dire bonjour!
On longe une premmière lagune, la laguna Cañapa, touche de bleu-gris glacial au milieu du gris-blanc des montagnes, où les flamands roses se baignent les pieds tranquillement, puis on atteind la laguna Hedionda, ou laguna Los Flamingos, où une centaine de flamants roses semblent mener une danse étrange, avancant en rang serré, le bec fièrement tendu vers le ciel, tournant à angles aigus au gré des meneurs, en piaillant… ballet de pattes raides, étrange parade…
Un hôtel est installé au bord du lac, on nous laisse gentiment nous installer dans la salle hors-sac pour la nuit, bien fraiche encore mais à l’abri. Le lendemain on prend un gros petit dej à l’hôtel, avec le luxe de finir les restes des touristes, malades à cause de l’altitude. Hé hé, nous on est acclimatés et on peu se goinffrer! C’est avec le ventre bien rempli qu’on repart plus loin dans le sud Lipez en direction de la laguna Colorada; on verra bien jusqu’où on va… On longe trois autres lacs, ceux-ci dépourvus de flamants roses, mais un renard bien interressé s’approche de nous. La route est bien enneigée, ça devient difficile de continuer avec les vélos. On plante la tente 20km plus loin, pour notre nuit la plus froide. -12°C dans la tente. Madeleine choisi cette nuit là pour être malade… Bienvenue dans le Sud Lipez! Difficile de récupérer, on attaque le lendemain pas au top de notre forme. Peut être une combinaison du froid et de l’altitude, et avec les conditions difficiles pour rouler – enfin, on pousse plus qu’on roule : la neige gelée de la veille était presque plus facile à rouler que le sable dans lequel on ne contrôle pas trop les vélos, mais la neige ayant pris le soleil et fondue par endroits, par dessus le sable, c’est quelque chose… – on décide de faire demi-tour pour repartir vers le nord en direction d’Uyuni. Retour au bord de la lagune des flamants roses, puis on prend une autre route pour faire une petite boucle pour rejoindre le village d’Alota. La route est plutôt bien déneigée et nous permet de découvrir un peu plus de ces paysages magnifiques, de nouveaux volcans, d’autres lagunes, un ancien hôtel abandonné où les carcasses des voitures sont protégées par une inscription « ne pas voler ». Soit.

On rejoint la route principale qui traverse les grande plaines de l’altiplano et la Valle de las Rocas, qui comme son nom l’indique, est peuplée de gros blocs de pierre, à perte de vue, délicatement sculptés par le vent, dentelle de roche où l’on pourrait se promenner pendant des heures en contemplant les merveilles de l’érosion, et qui démange un peu nos doigts gelés de grimpeurs. Faute de pouvoir y grimper on y installe notre tente, bien à l’abri du vent.
La douche bien chaude à Alota est un bonheur, 11 jours depuis la dernière… sans quitter les vetements que l’on porte à cause du froid, on en avait bien besoin.
Il nous faudra encore 2 jours d’interminables lignes droites toutes plates de l’altiplano pour atteindre Uyuni, ou une bonne bière nous attend. 🙂

San Antonio de Los Cobres – San Pedro de Atacama

Départ de San Antonio de Los Cobres en direction du Chili, traversé des Andes par le Paso Sico. Ce sont 350km de pistes à plus de 3800 mètres d’altitude qui nous attendent, avec 4 cols à plus de 4200 mètres. On roule maintenant à 4, avec Coline et Jonathan, 2 français rencontrés a San Antonio, et qui comme nous viennent de Cafayate. Dès le premier jour, on grimpe le paso Chorillo (4550m). La longue monté s’effectue avec un léger vent de face, et de la coca plein la bouche. On est rejoint sous le sommet par Cyril qui se joint à notre groupe pour la suite. Le col franchi, on croise nos premières lagunes, le paysage change encore, avec un mélange d’ocre, et de blanc, avec au fond les sommets enneigés. Malgrès l’altitude, c’est très sec. On campe derrière une maison abandonnée, à l’abri du vent car le froid est déjà bien présent.
On attend les rayons du soleil pour sortir des tentes, puis on se met en route en direction d’Olacapato, petit village minier. Une mini-épicerie nous permet de faire le plein de biscuit et d’eau, et la troupe se met en route pour le prochain col, l’abra Arizaro (4330m). L’horizon s’étend, les distances s’allongent, on ne croise pratiquement aucune voiture, sentiment incroyable d’évoluer seul dans cet immensité. Nuit dans la monté du col, à l’abri discutable d’une dune de sable. Le froid devient mordant, et dès que les rayons du soleil disparaissent, chacun plonge à l’abri dans sa tente. Il est seulement 18h30… Les thermomètres indiquent déjà des températures négatives dans les tentes, les bouteilles d’eau gèlent complétement, et c’est toujours dur de s’extirper de la chaleur du sac de couchage pour se remettre en route.
Le col passé, on file vers Catua, dernier village Argentin avant la frontière. L’occasion d’acheter ici encore quelques provisions pour la suite. Comme un clin d’oeil avant de quitter l’Argentine, la dame de l’épicerie nous invite tous à manger chez elle. Soupe et pâte au Lama, un régal. Et savourer ce repas chaud, au coin du feu, dans une pièce à l’abri du vent, on ne peut que être touché par la générosité de cette personne. On file ensuite vers la douane, ou l’on compte passé la nuit avant de passer coté Chilien. La douane possède des locaux pour les personnes de passages, et nous pouvons encore une fois savourer un repas et un vrai lit dans un endroit chauffé.
Passage de douane compliqué, le douanier décide de prendre tous son temps, ce qui nous enerve un peu car on a une grosse journée devant nous. On décolle seulement vers 10h, pour une longue monté de 20km. Le vent de face, entre 60 et 80km/h, raffraichi encore plus l’atmosphère déjà bien fraiche. Le groupe se sépare un peu, on décide de monter chacun à notre rythme pour ne pas geler sur place. On franchi l’abra Sico (4450m) transit de froid et de fatigue, peu de temps pour les photos, on plonge vite en direction du poste de police pour mendier un abri au chaud pour le soir. Les 3 autres nous ayant devancé, on espère qu’ils auront réussi à négocier quelque chose. On atteint le poste de police vers 17h30, une bonne journée de 6h de vélo pour 35km, avec des températures largement négative. Les policiers n’ont pas de place, (ou ne veulent pas de nous), mais nous emmène 8km plus loin, dans les locaux d’une mine. Petite session cowboy, ils roulent comme des sauvages, on à peur pour les vélos entassés à l’arrière du pickup… On arrivera sans casse de matériel à la mine, ce qui n’est pas le cas de la voiture, qui a « malheureusement » rencontré une barrière. Pneu éclaté. Cela nous laisse au moins le temps de décharger tranquillement. On se retrouve au chaud une nouvelle fois, avec un bon thé/café. Le repos après une longue journée à lutter. On discute alors sur la suite, le froid est sevère, et on décide de rouler au max le lendemain pour essayer de dormir plus bas en altitude, fuir se froid omniprésent.
On reprend la route, le vent nous pousse sur quelques sections, on file alors plein gaz sur le ripio, croisant les camions qui refont la route coté Chilien. Les paysages ici sont complétement différent du coté Argentin, la neige est beaucoup plus présente, sur les sommets mais aussi au bord de la route, les lagunes d’un bleu vif se dévoilent les unes après les autres. C’est vraiment magnifique, mais le vent et le froid nous empechent de profiter pleinement des paysages. Un casse croute rapide au bord de la lagune Aqua Caliente, lagune azure entouré de pierres rouges, et on file pour notre dernière monté avant la redescente tant attendu dans le desert d’Attacama. Jo et Colyne en on marre, ils finiront en voiture jusqu’à San Pedro. On continue alors avec Cyril, mais la bagarre contre le vent est trop rude, et nous oblige à un camping à 3800m. Surement un des campings les plus froid qu’on ai eu, avec -8 dans la tente.
Et enfin, la descente tant attendu, on se laisse filer en direction de Socaire, premier village chilien après la frontière. On retrouve avec joie des tomates, avocats et pains frais !!! La température remonte peu à peu, on roule avec en fond le salar d’Attacama et San Pedro. On savoure enfin après des journées difficiles. Une dernière nuit dans la plaine, et nous voila à San Pedro, ou l’on retrouve Jo et Colyne reposés.
Mais comme quoi tout arrive, on prend maintenant la pluie dans le désert. Repos forcé avant de prendre la route du Sud Lipez…

Cafayate – San Antonio de Los Cobres

Après un repos à Cafayate, on reprend la route 40, le long des vignes. Les perroquets vert et bleu remplacent les sombres corbeaux au dévorage des raisins et s’envolent à notre passage dans une cacophonie incroyable. Après une vingtaine de kilomètre, on quitte la douceur de l’asphalte pour le ripio, sableux maintenant. La végétation est toujours aussi agressive et vient faire un nouveau trou dans un de nos pneus…
Petite pause a San Carlos pour acheter de la feuille de coca, à priori bon remède contre le mal des montagnes. Le décor change complètement, on quitte la plaine et les montagnes d’ocre rouge pour un paysage lunaire, de hautes lames de sable compact, blanches, taillées en sculptures abstraites par la pluie et le vent. Rien ne semble vivre là à part quelques cactus et les condors, grandes ombres décharnées qui règnent sur ce monde où rien ne bouge. Quelques maisons d’adobe, les piments sèchent au soleil et parfument l’air de leur odeur chaude et rouge. On rejoint une vallée plus verte, qui sépare les lames de sable des montagnes enneigées vers lesquelles on se dirige. Le paysage se fait plus sec comme on monte en altitude, on retrouve les grands cactus en remontant la vallée jusqu’à rejoindre la Poma, petite ville perché à 3000m. Les sommets enneigés, culminants à 6000m, sont tous près maintenant, et entourent l’Abra del Acay, col qui nous attend à 4900m d’altitude.
La route 40, qui quand on l’a rejoint il y a quelques mois ressemblait à une grosse nationale avec trafic de camions, n’est désormais plus qu’une petite piste sinueuse, raide, sableuse, sur laquelle deux voitures ont à peine de quoi se croiser, il n’y a plus de pont pour enjamber les rio, nous obligeant plusieurs fois à nous mouiller pour les traverser, ça rafraîchit!
On se retrouve bientôt à des altitudes où en savoyards on a l’habitude de ne plus croiser que des alpinistes tout équipés et où içi on croise des adolescentes en scooter, casque et cartable roses à la main; nous, on commence à souffler comme les alpinistes tout équipés, et les coups de pédales se font plus durs. La dernière maison habitée, une « bergerie » de lamas, est à près de 4000m…
Il nous faudra encore deux jours pour atteindre le col, avec un bivouac près de la dernière maison, et un autre vers 4700m; le froid ne nous aide pas à sortir tôt des duvets et le vent violent semble décidé à nous empêcher de passer le col, entre les rafales qui nous poussent en arrière et le sable qui nous aveugle. Le bivouac juste sous le col n’est pas tellement confortable, impossible de se faire à manger à cause du vent et chaque rafale rempli un peu plus la tente de sable; une nuit difficile en perspective… Surprise au matin, la neige s’est un peu invitée pendant la nuit, toute nos bouteilles d’eau sont gelées, et ça caille grave !!! Bref, on prend du temps pour décoller, et encore plus pour monter les quelques 250m restants, mais on y arrive!
On ne souffre étonnament pas trop de l’altitude, Madeleine a tout de même maché quelques feuilles de coca pendant la montée, histoire de faire passer le mal de tête.
Maintenant qu’on y est, on monte sur une butte à coté du col pour passer les 5000m, belle récompense après ces journées de montée.
La route se déroule comme un ruban de chaque côté du col, les sommets nous narguent encore plus haut, et en direction de San Antonio de Los Cobres, la plaine s’étend, immense, à perte de vue; de l’autre côté de la plaine, de nouvelles montagnes, encore plus hautes… l’air est incroyablement limpide, la vue, irréelle.
A cette altitude, il ne reste plus grand-chose; les cactus ont abandonné depuis longtemps, seules quelques herbes jaunâtres poussent courageusement au milieu des cailloux. Le vent soufle fort et emporte tout ce qui n’est pas bien accroché, et renforce le côté aérien du paysage.
Il nous reste 40km de descente jusqu’à San Antonio de Los Cobres, l’autre récompense; mais toujours ce vent, ne nous épargnant rien, rendra les dernier kilomètres beaucoup plus durs que prévu. On atteint enfin la ville au soleil couchant, ou l’on va se reposer une journée avant de repartir vers le Paso Sico et le Chili.

San Miguel de Tucuman – Cafayate

Changement de décor. Tucuman, 27°S, le paysage change radicalement comme on se rapproche des tropiques. Les orangers poussent dans la ville à la place des platanes, la ville prend des couleurs et s’abrite du soleil. La route sent la poussière et la charogne, l’air est sec, la lumière blanche. La végétation se fait grise, sèche et piquante dans la plaine, la pampa est plantée de champs de canne à sucre, les chevaux sont maigrichons et les oiseux profitent de leur dos pour naviguer tranquilles dans les herbes hautes. Changement de style aussi, le bois des maisons est remplacé par la pierre et la terre, les gens circulent beaucoup en scooters, qui comptent souvent plus de passagers que de roues, le casque au bras, des chargements parfois hasardeux complétant l’équipage: échelles, piles de cagettes, bâtons, courses, bébés…

On attaque la montée de notre premier col un peu « sérieux », l’Abra del Infernillo, 3000m; de loin le point le plus haut atteint ces derniers mois. Dans la forêt subtropicale d’abord, entrelacement de lianes, de grands arbres, d’épiphytes… Multitude d’espèces nouvelles pour nous, qui profitent d’un peu d’humidité à flanc de montagne et transpirent de gros nuages qui chaque jour viennent recouvrir les villages construits à mi-chemin du col et disparaissent avec la fraîcheur de la nuit. On découvre le lendemain un paysage de montagnes de sables ravinées, nu, que l’on a bien le temps d’admirer en traînant nos lourds chargements vers les hauteurs. Le col enfin, puis une descente bien méritée dans une vallée plus sèche encore, entre les hauts cactus et une végétation piquante et odorante, en direction de Cafayate.